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20/08/2009

Nicole CATALA, femme d'engagement

Nicole CATALA Flore 2009.jpgNicole CATALA était l'invitée de Femmes 3000 lors du café de Flore du 2 juin 2009. Nous publions ci-dessous le compte-rendu de son intervention, rédigé par Monique RAIKOVIC, adhérente de Femmes 3000 Ile de France.

Silhouette menue, tenue sobre et élégante, Madame la Ministre cultive manifestement la discrétion. Tout en Nicole Catala, du maintien à la voix et au sourire, paraît posé, net. Parcourant sa carrière avec méthode, elle se raconte sans jamais se départir d'une certaine distance par rapport à ce personnage public qu'elle est peu à peu devenue et qui, par instant, l'amuse.

Jeune fille, elle souhaitait entreprendre des études de lettres, mais elle a opté pour le Droit sur les conseils de son père. Faisant montre d'un bel appétit de savoir tant en Droit privé qu'en Droit public et d'une formidable capacité de travail, elle a cumulé doctorat et agrégation. Reçue troisième sur quinze à ce concours, Nicole Catala se trouvait face à un large choix de postes Outre Mer. Mais, dit-elle, « À cette époque, quand on était femme, il était difficile d'imposer ses choix. » Elle rêvait de Madagascar et a été contrainte d'accepter Dakar où, d'ailleurs, elle s'est plu.


Cette capacité d'adaptation lui permettra d'affronter la faculté de Vincennes au lendemain de 1968 : « Sous prétexte de rendre les cours accessibles aux non-bacheliers et aux travailleurs, les cartes de faculté avaient été distribuées sans contrôle des connaissances, rapporte-t-elle. J'ai donc souhaité recevoir mes étudiants, un à un, après les cours, pour m'assurer de leur niveau. Ils sont venus à deux cents, scandant 'Pas de sélection, Catala !'et exigeant que je fasse mon autocritique ! »... Refuser l'anarchie du moment ne l'a pas empêchée d'être sensible aux revendications des étudiants et de chercher à y répondre. Ce qui, explique-t-elle, l'a amenée, à lancer, dans les années 1970,  « un centre de formation à la gestion des ressources humaines associant l'université à l'entreprise dans la sélection et la préparation des candidats aux fonctions de directeur des ressources humaines. Cette formation existe toujours. C'est, de toutes mes réalisations, celle dont je suis la plus satisfaite. » précise-t- elle.

C'est l'élection présidentielle de François Mitterrand qui l'a incitée à entrer en politique : « Je n'aimais pas le personnage que je pensais capable de détruire ce que le Général de Gaulle avait instauré, ce en quoi je me suis partiellement trompée, du reste. Je me suis alors impliquée dans un club de réflexion, - le Club 89- où l'on débattait de questions sociales. En 1986, Jacques Chirac m'a demandé de prendre le Secrétariat à la Formation Professionnelle. On m'a proposé ensuite de me présenter aux législatives dans le 14ème arrondissement de Paris sous l'étiquette RPR, poursuit-elle. Élue, je suis devenue l'une des sept femmes députés RPR du moment et la seule à n'être pas femme ou fille d'un homme politique ! J'ai trouvé l'exercice de la fonction de député passionnant. Cela satisfaisait à la fois mon goût pour les contacts humains sur le terrain et pour le travail spéculatif sur les textes de loi au Parlement. J'ai été désolée d'en être écartée... S'il n'est pas possible, à mon sens, d'avoir une action efficace en politique sans être affilié à un parti, cette nécessité s'avère également une contrainte. Parce qu'il faut se plier à la discipline du parti. Or, je suis une tête de mule : j'ai refusé de voter en faveur du quinquennat et du traité de Maastricht... Pour durer en politique, il faut aussi savoir nouer des alliances avec plus forts que soi, il faut savoir changer d'alliances si nécessaire. Or, j'aime la politique, non les clans. Enfin, pour réussir en politique, il faut avoir un ego exacerbé, ce qui n'a jamais été mon cas... Quoique, selon certains... Un jour, au décours d'un petit déjeuner de travail, j'ai dit à Balladur : 'J'ai beau l'arroser chaque matin, mon ego ne pousse pas !' et Balladur m'a répondu : 'Il me semble plutôt se porter assez bien !' »...

Aujourd'hui en retraite de la vie politique et universitaire, Nicole Catala exerce une activité de conseils dans un cabinet d'avocats. « J'entendais parler depuis si longtemps d'imperfection législative... Il est vrai que les textes, rédigés par des administratifs, arrivent insuffisamment préparés devant les Chambres où ils subissent des amendements qui les rendent encore plus complexes. Et personne ne les revoit, c'est cela le plus irritant. Avec les textes européens, le mal est pire encore ! » Dans ce genre d'explication de texte, Nicole Catala doit s'avérer, sans nul doute, rudement efficace !

Nicole Catala et la parité : « En 1945, on comptait entre 5 et 6% de femmes à l'Assemblée nationale et au Sénat. L'idée de parité a commencé à être évoquée en politique dans les années 90. Mais, en France, les rapports entre les hommes et les femmes demeurent trop personnels : il faut que la femme plaise à l'homme, sinon... Aussi, en 1995, dans les deux Chambres, recensait-on encore entre 5 et 6% de femmes, ce qui plaçait la France, en matière de parité, au 75ème rang des nations, derrière le Burkina Faso et le Zimbabwe ! J'étais donc convaincue qu'il fallait faire évoluer les choses et je pensais qu'un texte contraignant était nécessaire. Mais je n'étais pas pour la règle des 50/50 qui n'est pas représentative de la répartition femmes/hommes dans la population générale. Dans les pays nordiques, la parité est pratiquement une réalité. En France, la parité progresse, certes... Il a même été question d'exiger la parité dans la constitution des jurys de concours, un domaine où cette notion paraît de bien peu d'importance !... »

Monique Raikovic

Le compte-rendu en pdf

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