06.11.2009

Louise Coppolani, une femme dans l'armée

Louise_COPPOLANI_1_email_petit.jpgLa Fédération Femmes 3000 a eu le plaisir d'accueillir Madame le Commissaire Général de division (3 étoiles) Officier de la Légion d'Honneur Louise COPPOLANI lors du Café de Flore du 8 septembre 2009.

Elle s'est exprimée sur le thème : un parcours de femme dans l'armée.

Chantal DESBORDES, 1° femme contre amiral de France, trésorière adjointe de la Fédération Femmes 3000, a introduit la soirée.

Nous publions ci-dessous le compte-rendu de la soirée, rédigé par Monique RAIKOVIC, adhérente.

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Les adhérentes de Femmes 3000 habituées des rendez-vous du café de Flore connaissent bien Chantal Desbordes, cet officier de marine, - et trésorière adjointe de la Fédération Femmes 3000 ! - première femme à avoir accédé, en France, au grade de Contre Amiral.

Chantal Desbordes a pour amie, Louise Coppolani, Commissaire Général de Division (3 étoiles -NDLR), cette autre femme officier parvenue au sommet de la hiérarchie militaire. « D'ailleurs, aujourd'hui, vous avez devant vous la totalité des Officiers Généraux féminins de nos Armées : Elle et moi, » a ironisé Chantal Desbordes en présentant Louise Coppolani, invitée de ce rendez-vous de rentrée au café de Flore. « Il y a, actuellement, dans la Gendarmerie, une très brillante femme Colonel qui devrait accéder aux étoiles. On en parle », a ajouté Louise Coppolani, soulignant ainsi le caractère exceptionnel de sa carrière et de celle du Contre Amiral Chantal Desbordes. Deux pionnières, en somme !

« J'étais jeune Lieutenant de vaisseau lorsque, dans les années 1975-1978, j'ai rencontré le Lieutenant Colonel Louise Coppolani, rapporte Chantal Desbordes. Je travaillais à la réalisation de films pour l'Établissement photographique et cinématographique des Armées, lorsque le Général Jean Lagarde, Chef d'État Major de l'Armée de Terre, a passé commande d'un film mettant en scène les relations entre les femmes et les hommes au sein de son armée. Et, pour superviser la production, il a diligenté auprès de mon service, Louise Coppolani, une femme beaucoup plus avancée dans la carrière militaire que moi ! Chargée de nous ouvrir le chemin et de nous éviter de nous égarer dans les arcanes d'un milieu très administré, où la discrétion est la règle, Louise Coppolani s'est avéré une remarquable facilitatrice. Notre amitié date de cette période et, pour moi, Louise Coppolani est restée un modèle. »

 


Madame le Commissaire Général de Division a l'accent chantant des Hautes-Pyrénées où elle est née en 1935, à Tarbes. Un accent évocateur de bonhomie, de franc-parler. On se dit, néanmoins, que cette femme de petite taille, au maintien réservé, a dû affronter un milieu où elle se trouvait continuellement soumise à l'attention des autres, du seul fait d'être une femme officier parmi des officiers et collègues masculins habitués à n'avoir autour d'eux que des femmes subalternes ! Une situation périlleuse dans les années 1960 ! À gérer avec habileté et humour ! Les propos du Commissaire Général de Division Coppolani sont effectivement empreints de cette forme de distanciation par rapport à soi et aux autres qu'on appelle l'humour. De son habileté, elle ne nous dira rien. De son professionnalisme, de sa ténacité, de son énorme capacité de travail dont témoignent ses diplômes, elle ne parlera pas, non plus. Mais il est évident que, pour gravir, tous les échelons d'une carrière d'officier en pionnière, la jeune licenciée en Droit Louise Coppolani qui, en 1957, à l'âge de 22 ans, s'engageait dans l'Armée comme PFAT- Personnel Féminin de l'Armée de Terre - a su gérer son devenir avec maestria ! « Ma carrière n'a pas été un long fleuve tranquille, admet-elle tout de même. Il y a eu des remous... Il y a eu des vagues... Mais quand une femme fait montre d'une forte personnalité et d'une grande compétence, les hommes savent le reconnaître, parfois même, mieux que les autres femmes ! » ajoute - t- elle en riant. 

Premier poste, premiers pas dans un milieu masculin : La PFAT de 1ère classe, Louise Coppolani est affectée à la direction de la Sécurité Militaire, à Paris. « Un matin, le téléphone sonne, se souvient-elle. Je décroche. 'Passez-moi le Commandant', me demande une voix masculine- 'Il n'est pas là.'' - 'Passez-moi le Capitaine !' - 'Il n'est pas là'- 'Il n'y a donc aucun homme dans ce bureau ?'- 'Mais, si !'ai- je répliqué. Puis, j'ai appelé le planton : 'Il y a, en ligne, un homme qui ne veut parler qu'à un homme ! »...  Huit jours plus tard, un bel officier entre dans le bureau et en salue les occupants, dont moi : 'Bonjour Messieurs'... Pour lui, je n'existais pas, en somme. Or la personne chargée du problème qui l'amenait n'était autre que moi ! Il a apprécié ma compétence et n'a plus voulu avoir à faire qu'à moi ! Compte tenu de notre rareté, à l'époque, quand elle s'avérait efficace, une femme faisait vite figure de phénix ! Dans ce même bureau, où je ne travaillais que depuis quelques semaines, un matin où, avant même de m'asseoir, je m'étais penchée sur un dossier ouvert sur ma table, mon Commandant passant derrière moi m'a mis la main là où vous savez. Il m'a suffi d'un demi-tour sur moi-même pour lui administrer une paire de gifles. Il est sorti de la pièce, me laissant fort ennuyée... Qu'allait-il advenir ? Mais il était tout aussi mal à l'aise et se posait probablement la même question...Qu'allait-il advenir ? Il n'y a pas eu de suites autre que cet avis qui a circulé entre les hommes du service : 'Attention, elle tape !'... Je me demande si, dans le civil, aujourd'hui encore, la jeune cadre fraîchement nommée qui donnerait une paire de gifles à son DRH n'aurait pas davantage à craindre pour sa carrière ! »

Quand Louise Coppolani s'est engagée dans l'Armée, les PFAT officiers pouvaient espérer atteindre le grade de Commandant. « Mais depuis 1951 et la création des PFAT, c'est-à-dire en huit années, aucune n'avait été promue à ce rang, souligne Louise Coppolani Ce n'est qu'en 1972 que le législateur a reconnu aux femmes officiers l'accès à la hiérarchie normale. À partir de l'arrêté de 1973, nous n'avons donc plus été PFAT 1ère classe, 2ème classe... mais Lieutenant ou capitaine.»

Louise Coppolani, qui n'avait pas cessé d'accumuler les diplômes civils et militaires (diplôme de l'Institut d'Études Politiques de Paris, diplôme technique d'Études Administratives Juridiques, Brevet technique de l'Enseignement Militaire Supérieur - Droit, Économie, Finances -), qui avait été admise, en 1975, à l'Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (plus connue sous le nom d'École de Guerre) et promue, un an après sa sortie, au grade de Commandant, pouvait donc envisager que sa carrière ne s'arrêterait pas à cet échelon hiérarchique.

Le Commandant Coppolani a occupé les fonctions de chargée de mission auprès du Général Jean Lagarde, Chef d'État Major de l'Armée de Terre, le lequel l'avait faite appeler à ce poste pour s'occuper des femmes justement. « Je ne vous envoie pas faire des visites, mais des inspections ! », l'avait-il avertie.

Un message reçu cinq sur cinq par notre Commandant, bientôt promue Lieutenant Colonel. Car, quelques années plus tard, appelée à un autre poste, lors de manœuvres, face à des femmes secrétaires militaires regroupées sous une même tente inconfortable et qui pleuraient, elle s'est mise en colère : « Je les ai engueulées : vous vous êtes engagées dans l'Armée, pas au Club Méditerranée, leur ai-je lancé ! » se souvient-elle, reconnaissant quand même que « Mourmelon en novembre... »

C'est en tant que chargée de mission auprès des femmes de l'Armée de Terre qu'à la demande de son Ministère de tutelle, elle étudiera, à l'intention de Françoise Giroud, la possibilité d'un service national pour les femmes. Mais son rapport - « publié dans 'le Monde', ce dont j'ai été très fière »relève-t-elle - ne sera jamais suivi d'effet. Le regrette-t-elle ? Nous ne le saurons pas.

En 1981, Louise Coppolani sera admise au concours de l'École Supérieure de l'Intendance Militaire. Elle sera nommée ensuite Adjointe puis, Chef de Service à l'Intendance de Versailles pour la 2ème Division Blindée, avant d'accéder au poste de Sous Directeur « Prévisions-Budget-Finances » à la Direction Centrale du Commissariat de l'Armée de Terre. « J'étais devenue Commissaire Colonel, explique-t-elle. À ma grande surprise, on m'a nommée Commissaire Général de Brigade, à la tête de la Division Prévision Finances, poste que j'ai occupé pendant quatre années. Mais la surprise qui m'a littéralement sidérée a été ma nomination au grade de Commissaire Général de Division en 1991. Pour moi, cela a été un choc...Pour d'autres aussi, du reste », ajoute-t-elle un ton plus bas, ironique, mais pas amère.

Aujourd'hui, admise au cadre des Officiers Généraux en retraite, parée de ses trois étoiles, le Commissaire Général de Division Louise Coppolani se consacre à La Fédération des Associations pour l'insertion professionnelle des conjoints des Armées - la FAIPC - dont elle est Présidente et à la Société d'entraide des membres de la Légion d'honneur, dont elle est Secrétaire générale.

Sa carrière militaire ne l'a pas empêchée de cultiver ses talents de pianiste et sa pratique du chant choral. Elle est membre de la chorale de l'AMOPA - Association des Membres de l'Ordre des Palmes Académiques.

Officier de la Légion d'honneur, Commandeur de l'Ordre national du mérite, Chevalier de l'Ordre des Palmes Académiques, Commandeur de l'Ordre de Saint-Sylvestre, Louise Coppolani, a conclu cette rétrospective de son parcours au sein de l'Armée de Terre sur un vers du poète latin Horace : « Que valent les lois ? Vaines sans les mœurs ! » nous signifiant en somme que les lois ouvrant la carrière militaire aux femmes suivront nécessairement l'évolution des mœurs et que la vie sera certainement plus facile pour les femmes officiers des générations à venir. Car, de sa réussite personnelle, elle dit aussi, manifestement sans regret ni la moindre pointe d'amertume, comme une évidence : « Heureusement que j'étais célibataire ! »...

Monique Raikovic

Devenir des femmes dans l'Armée : Le Commissaire Général de Division Louise Coppolani explique :

 « En 1938, il avait été décidé qu'en cas de conflit, on ferait appel aux femmes.

En 1939, dès la déclaration de la seconde guerre mondiale, on a engagé des femmes comme conductrices d'ambulance. Puis, en 1940, des femmes ont rejoint Londres où elles ont été intégrées dans les Forces Françaises Libres. D'autres l'ont été en Afrique du Nord. En 1944, celles qui sont restées sous l'uniforme ont vu leur statut officialisé sous la rubrique AFAT (Auxiliaires Féminines de l'Armée de Terre). En 1951, les AFAT prenaient le titre de PFAT (Personnel Féminin de l'Armée de Terre) avec la possibilité de s'engager comme officier pour celles qui étaient détentrices d'un bagage universitaire (licence exigée), avec, néanmoins, arrêt de leur avancement au grade de Commandant.

« C'est une loi publiée au Journal Officiel en 1972- arrêté paru en 1973 - qui a accordé aux PFAT officiers l'accès à la hiérarchie militaire normale.

« En 1957, quand je me suis engagée, l'Armée comptait 20 000 officiers, dont une vingtaine de femmes. Vingt ans plus tard, dans les années 1975-80, on recensait 15 000 officiers, dont 40 femmes. Aujourd'hui, en 2009, les femmes représentent 11% des officiers dans l'Armée de Terre, 14%, dans la Marine, 19%, dans l'Armée de l'Air et 50%, dans le Service de Santé.

« Il s'agit d'un progrès culturel plutôt que numérique, qualitatif plutôt que quantitatif, dans la mesure où les femmes officiers accèdent enfin à des fonctions qu'on avait longtemps estimé impossible de leur confier. Ainsi, des femmes sont-elles pilotes de chasse, aujourd'hui.

« Actuellement, le concours d'entrée à l'École d'élèves officiers de Saint-Cyr- Coëtquidan est ouvert aux femmes. Mais celles qui intègrent Saint-Cyr, ne s'orientent ni vers l'Infanterie, ni vers les Blindés, au sortir de l'École. Elles optent plutôt pour les Transmissions, le Génie. Elles sont raisonnables. Et j'espère qu'on ne verra jamais de femmes choisir la Légion Étrangère !... D'ailleurs, nous démarquant du 'Ils s'instruisent pour vaincre' de nos collègues masculins sortis de Saint-Cyr, nous nous sommes arrogé la devise : 'Elles s'instruisent pour convaincre' !

« Une femme dotée d'une forte personnalité et en mesure de prouver sa compétence peut, aujourd'hui, envisager de faire carrière dans l'Armée. Bien sûr, il lui faudra sans cesse prouver sa compétence. (Mais n'en est-il pas de même dans le civil ? NDLR)... Il faut laisser le temps au temps... En dépit de l'évolution des mœurs, de la pression des Ministères, il faut que les esprits masculins parviennent à se faire à l'idée de partager le gâteau du commandement » conclut le Commissaire Général de Division Louise Coppolani.

M.R 

Le compte-rendu en pdf

07:00 Ecrit par Valérie Blanchot Courtois dans Café de Flore | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : femmes3000, flore, louise coppolani

Commentaires

Bonjour,

A Louise COPPOLANI mon plus profond respect.

Ecrit par : busquet ramuz | 08.11.2009

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