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27/07/2011

Compte-rendu du colloque Les Nouvelles New : Dites le avec des femmes - Rencontres autour de la place des femmes dans l’information (Paris, 9 juin 2011). Par Monique RAIKOVIC

Qu’il s’agisse de parler des femmes ou de donner la parole aux femmes, les médias sont encore loin de présenter une image juste des femmes d’aujourd’hui, tant les stéréotypes ont la vie dure !

Qu’entend-on par stéréotype ?

Rapporteure de la Commission de réflexion sur l’image des femmes dans les médias, dont Valérie Létard (Secrétaire d’État à la Solidarité) avait confié, en 2008, l’organisation à Michèle Reiser[1], Brigitte Grésy[2]rappelle : «  Au-delà de la définition qui en est donnée en sociologie, ‘caractérisation symbolique et schématique d’un groupe, qui s’appuie sur des attentes et des jugements de routine’,les stéréotypes constituent des images qui bloquent, qui figent à un instant donné, qui empêchent d’avancer et qui portent atteinte à l’estime de soi. Ils fonctionnent, à longueur de temps, comme des messages subliminaux qui confortent des rôles sociaux traditionnels et les pérennisent. »

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Or, les médias véhiculent quotidiennement les stéréotypes de genre dont sont imprégnées nos sociétés industrialisées. Ce qui paraît normal aux responsables de ces médias qui ne voient en ces supports de l’information qu’un moyen de saisir et de montrer la société telle qu’elle est. Les médias ne donnent à voir que ce qui est là. Ils ne créent rien. Ils montrent. Point. Pas si simple ! Car, dans un environnement où ils sont très prégnants, les médias constituent une voie majeure de socialisation. « Les représentations qu’ils génèrent constituent un mode de connaissance mais contribuent dans le même temps à l’élaboration des identités individuelles et sociales, à la diffusion des normes, conduites et valeurs », relève encore Brigitte Grésy avant d’ajouter, citant Sylvie Cromer : « Tout système de représentation est aussi un système de valeurs[…] Il est important de souligner que les représentations ne sont pas le reflet de l’état de la réalité mais donnent à voir une mise en forme, voire une mise en ordre de la réalité, visant non seulement à expliciter un ordre social établi, mais aussi à le légitimer. » Par conséquent, ces passeurs, ces médiateurs du réel que sont les médias, véhiculent « Des rôles sociaux qui agissent comme une identité symbolique qu’on endosse au-dessus de la sienne propre afin de correspondre aux stéréotypes du genre ou du sexe social auquel on appartient »selon Florence Monreynaud (Présidente de l’association la Meute et dont l’analyse est rapportée dans l’ouvrage de Jean-Pierre Teyssier, « Frapper sans heurter », Armand Colin, Mars 2004, précise Brigitte Grésy).

Inutile d’énoncer les stéréotypes concernant la gens féminine tant ils sont connus de tous, de même, d’ailleurs que ceux appliqués à la gens masculine ! Dans son introduction au rapport de Brigitte Grésy, Michèle Reiser, Présidente de la Commission, souligne : « Les femmes travaillent ; les femmes ont des enfants ; les femmes s’impliquent dans la vie politique et dans la vie sociale ; les femmes séduisent et aiment ; les femmes sont soucieuses de leur corps et de leur esprit ; tout faire est difficile ; tout faire est sans doute impossible sans de nouveaux pactes sociaux qui accompagnent cette formidable mutation, chez les femmes mais aussi chez les hommes, tant il est malaisé de faire bouger le curseur si l’image des hommes ne bénéficie pas elle aussi d’un traitement renouvelé ! » Et elle s’interroge : « Quels modèles identificatoires renvoient-ils [les médias] pour aider et faire du bien aux filles et aux femmes en quête de réponses aux contradictions et ambivalences qui les tenaillent et les entravent parfois ? » Une analyse nécessaire mais difficile à mener car, souligne-t-elle encore : « Le diable du stéréotype se cache toujours dans les détails »

De la nécessité de discuter de l’emprise de ces stéréotypes

Heureusement, aujourd’hui, il est possible de s’appuyer sur des données chiffrées qui permettent une exploration objective de la place faite aux femmes dans les médias. Ces données chiffrées ont servi de base au débat ouvert par Isabelle Germain (Coprésidente de l’Association des Femmes Journalistes (AFJ), Directrice Fondatrice du magazine en ligne, Les Nouvelles news) à l’occasion d’un colloque intitulé « Rencontres autour de la place des femmes dans l’information ».

Il faut savoir que cette journaliste, partant du principe qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, a décidé, en 2009, de créer les Nouvelles news qui diffuse une image plus conforme à la réalité de la place des femmes dans la société civile. Une telle volonté de faire bouger les lignes laissait présager un colloque riche d’échanges et de rencontres. Effectivement, le 9 juin 2011, l’amphithéâtre de deux cents places du Conseil Régional d’Île-de-France s’est rempli de femmes de tous âges, mais à dominante jeune avec, parmi elles, beaucoup de journalistes. On repérait, de ci, de là, quelques hommes (90% de femmes et 10% d’hommes, représentation chiffrée donnée en contrepoint malicieux aux pourcentages indiqués dans les enquêtes auxquelles il sera fait référence tout au long du colloque)

Isabelle Germain avait sollicité la participation de directeurs des rédactions de différents journaux généralistes. Mais ils ont tous répondu en envoyant leur adjoint qui s’est avéré à chaque fois être …une adjointe : Blandine Grosjean, Rédactrice en chef adjointe de Rue89 ; Sylvie Kauffmann, Directrice adjointe de la rédaction du Monde ; Christine Kerdellant, Directrice adjointe de la rédaction de l’Express ; Hélène Risser, Rédactrice en chef adjointe du pôle magazine et documentaire de Public Sénat. « Nous pourrons au moins savoir si elles cherchent et parviennent à influencer les choix de leurs supérieur.» en a déduit avec humour Isabelle Germain.

Pour l’exposé des chiffres et des faits, Isabelle Germain a obtenu le concours de Michèle Reiser et de Brigitte Grésy, respectivement Présidente et Rapporteure de la Commission sur l’image des femmes dans les médias ; de Natacha Henry[3] (Gender compan, journaliste, écrivain) ; de Nathalie Sonnac (Directrice de l’Institut Français de Presse, Paris 2. Spécialiste de l’Économie de la presse).

Enfin, Isabelle Germain avait souhaité la présence de dirigeantes, de femmes politiques, dont il lui avait paru intéressant de connaître les prises de position sur ce sujet. Ont accepté de jouer le jeu Clémentine Autain[4] (FASE) ; Laurence Rossignol[5] (Vice-présidente de la Région Picardie, Secrétaire Nationale à l’Environnement du Parti Socialiste) ; Olga Trostiansky (Adjointe au Maire de Paris, Présidente de la ClEF) et Valérie Tandeau de Marsac[6] (Présidente de VoxFemina).

Le débat a été d’autant plus vivant que l’auditoire s’est montré très réactif, très participatif.

Des chiffres :

« Longtemps nous n’avons pas eu de données précises, mais seulement des impressions sur la place des femmes dans l’information en tant que sujet traité ou bien dans le rôle d’émetteur de l’information, relève Brigitte Grésy. Quand nous cherchions à nous documenter auprès des responsables des médias, il nous était systématiquement répondu : ‘Mais les femmes sont partout !’  Puis nous avons pu commencer à compter grâce à ces deux outils que constituent, d’une part l’enquête menée dans le cadre de la Commission de réflexion sur l’image des femmes dans les médias en France, dont j’ai été rapporteure en 2008, d’autre part, les résultats pour 2010 du quatrième GMMP (Projet Mondial de Monitorage des Médias). Les chiffres obtenus dans les deux cas aboutissent strictement au même constat d’un décalage à la fois quantitatif et qualitatif entre le perçu et le réel. »

Il faut avoir constamment présent à l’esprit que les femmes, qui représentent 51% de la population, sont grandes consommatrices d’informations, qu’elles le sont autant que les hommes. En effet :

  • 90% des femmes regardent la télévision au moins une fois par jour
  • 78,4% lisent la presse
  • 78,3% écoutent la radio
  • 52% des femmes sont connectées à Internet
  • 47% des internautes sont des femmes
  • 87% des moins de 35 ans sont internautes
  • 54% des blogueurs sont des femmes

 

Chiffres Clés – Rapport sur l’image des femmes dans les médias

 

Équipement

Femmes

Ensemble de la population

Récepteur TV

98,8%     

98,2%

Lecteur DVD

86,4%

87,6%

Console de jeux

44,5%

48,1%

Micro-ordinateur

65,8%

68%

Accès à Internet

54,7%

56,7%

Sources Médiamétrie- Dans Rapport dur l’image des femmes dans les médias

Ces chiffres montrent qu’il n’y a pas d’effet d’éviction des médias traditionnels par les nouveaux médias, mais plutôt addition des uns aux autres. D’ailleurs, la durée d’écoute, que ce soit à la télévision ou à la radio, a augmenté selon Bruno Chetaille (Président de Médiamétrie et auditionné dans le cadre de la Commission sur l’image des femmes dans les médias). On retiendra qu’effectivement il y a quasi parité entre les hommes et les femmes en termes de consommation des médias classiques, mais qu’il n’en va pas de même dans le recours à ce nouveau média que constitue Internet, puisque sur sept millions de blogueurs en France, 54% sont des femmes et que 49% des femmes disposent d’une messagerie ! Ce qui prouve que lorsqu’elles peuvent s’exprimer, les femmes n’hésitent pas à le faire, voire qu’elles considèrent comme une nécessité de le faire !

Il faut également garder présent à l’esprit ce constat de Brigitte Grésy : « La propriété du capital des médias [est] quasiment exclusivement masculine. Ce sont les hommes qui contrôlent donc les moyens de production de l’imaginaire social. » Avec une seule échappée pour les femmes, le cyberespace où foisonnent les blogs de femmes.

Quel pourcentage de sujets consacrés aux femmes ou donnant à entendre la parole des femmes dans les médias, actuellement ?

Référons-nous au quatrième GMMP qui a porté sur 1281 journaux et stations de radio et de télévision dans 108 pays. Cette recherche a couvert 16 734 reportages, auxquels participaient 20 769 professionnels des médias (annonceurs, présentateurs, reporters) et un total de 35 543 sources ou sujets de nouvelles [nouvelle : premier avis qu’on reçoit ou qu’on donne d’un événement récent], c’est-à-dire les personnes interviewées et celles qui sont les sujets des nouvelles.

Le monitorage des nouvelles sur Internet a été intégré pour la première fois à ce quatrième GMMP : ont été ainsi explorés 76 sites Web de nouvelles nationales dans 16 pays et 8 sites Web de nouvelles internationales, comportant 1061 reportages, 1044 professionnels et 2710 sujets de nouvelles.

Il ressort de cette enquête à l’échelon mondiale que seulement 24% des personnes que l’on entend ou dont il est question dans les nouvelles de la presse écrite, de la radio et de la télévision sont des femmes. Contre 76% d’hommes. Ce qui représente un progrès par rapport au GMMP de 1995 où seulement 17% personnes vues et entendues dans les nouvelles étaient des femmes.

Quant à l’enquête spécifique pour la France de la Commission sur l’image des femmes dans les médias, elle donne, en 2008, 17,7% de femmes pour 82,3% d’hommes, soit un ratio de visibilité femme/homme de 1/4/ 3/4 , exactement le même que celui évalué par le GMMP.

Quid du temps de parole des femmes et des hommes sur les ondes, qu’ils soient journalistes, experts ou témoins ?

Un matin donné, sur France Inter, au cours du 7-9, l’enquête de la Commission sur l’image des femmes dans les médias constate : 27% du temps de parole pour les femmes, 73% pour les hommes. Le même matin aux mêmes heures sur RTL : 41% du temps de parole pour les femmes, 59% pour les hommes ! La parité ou presque sur RTL ? En fait, à l’analyse il ressort que, ce matin-ci sur RTL, le temps de parole des journalistes a été de 25 minutes pour les femmes et de 27 minutes pour les hommes ; le temps de parole des témoins non experts de 14 minutes pour les femmes et de 5 minutes pour les hommes, mais avec, pour les experts, un temps de parole de 25 minutes pour les hommes et de… 1 minute 35 pour les femmes ! Comme le relève Brigitte Grésy, « La parole d’autorité est incontestablement masculine. »

Quid de la présence des femmes et des hommes dans la presse hebdomadaire mixte, à travers des articles spécifiquement consacrés aux uns, aux autres ou aux uns et aux autres, une semaine donnée ?

Toujours selon les données de l’enquête de la Commission présidée par Michèle Reiser : dans le Nouvel Observateur : 11% d’articles suscités par des femmes, 58% par des hommes, 31% traitant et des hommes et des femmes. La même semaine, dans l’Express : 9% d’articles consacrés aux femmes, 47% aux hommes et 44% d’articles mixtes. Par ailleurs, les hommes font trois fois plus souvent l’objet de photos que les femmes dans ces deux numéros de ces deux magazines : dans le Nouvel Observateur, sur 130 photos, 22 représentent des femmes, 92 des hommes et 16 sont mixtes ; dans l’Express, sur 120 photos, 12 représentent des femmes, 88, des hommes et 20 sont mixtes.

Par contre, la différence de représentation entre les hommes et les femmes s’efface dans les publicités de ces médias, dont les images sont généralement mixtes… Les femmes ont la réputation d’être de bons vecteurs de vente !

Et à la télévision, quel taux de présence des hommes et des femmes ?

Brigitte Grésy fait remarquer (voir tableaux page suivante) que l’écart entre le temps moyen de paroles des hommes (12 secondes) et celui des femmes (9,1 secondes) est de 2,9 secondes, ce qui « semble léger en valeur absolue mais représente 25% de temps de parole en moins pour les femmes» !

Elle rapporte, par ailleurs, que le jour où ont été quantifiées ces observations, Arte parlait d’une éventuelle visite du Dalaï-Lama en Allemagne et commentait des nouvelles internationales, faisant montre d’un journalisme « sérieux » d’enquête et d’une faible présence des femmes auxquelles, de plus, étaient accordé un temps de parole fort restreint. Tandis que M6, qui réserve une belle place aux femmes, s’intéressait à deux procès : « celui d’Annie Amouriq, intentant un procès contre l’hôpital qui a réanimé, contre son gré, son nouveau-né handicapé, et le procès Fourniret qui fait la part belle aux femmes victimes et aux mères éplorées » Et elle conclut : « Le sérieux d’Arte se fait donc avec les hommes ; l’émotion de M6 se fait avec les femmes ».

 

 

Occurrences*

Durée totale des prises de parole

Nombre de prises de parole

Temps moyen de parole par intervention

Femmes

31%

32%

37%

9,1 secondes

Hommes

52%

68%

63%

12 secondes

Source : corpus GMM, Rapport sur l’image des femmes dans les médias.
*
nombre d’interventions des hommes et des femmes dans les émissions sans prise en compte de celles liées à la personne du présentateur

 

Arte

C+ 

F3

F2

TF1

M6 

MOYENNE

Hommes

60%

55% 

60%

45% 

40%

35%

50%

Femmes

< 20%

20%

> 20%

> 30%

38%

> 40%

30%

Présence hommes-femmes par chaîne en %             
Source : Rapport sur l’image des femmes dans les médias (les > et < indiquant une valeur proche du chiffre donné)

 

Arte

C+ 

F3

F2

TF1

M6 

MOYENNE

Hommes

14

22,5

> 10

> 10

7,5

< 10

12,5

Femmes

> 5

12,5

< 10

< 10

7

> 10

< 10

Temps de parole moyen femmes/hommes (en secondes par intervention)
Source : Rapport sur l’image des femmes dans les médias (les > et< indiquant une valeur proche du chiffre donné)

Brigitte Grésy nous invite à réfléchir à l’analyse que fait de ce constat Françoise Gomez (professeure agrégée de l’Université, inspectrice pédagogique régionale lettres) : « Les deux cas apparemment antithétiques d’Arte et de M6 se rejoignent en fait dans le même socle idéologique : les femmes restent profondément rattachées au viscéral et au frivole. Il leur sera donc réservé la place et le rôle que chacune de ces deux chaînes estime devoir réservé au viscéral et au frivole, en fonction de leur public : place quasi nulle pour la première, place prépondérante pour la seconde. Mais les représentations sous-jacentes restent confondantes de similitude. »

Plus grave encore : le savoir, l’expertise sont déniés aux femmes

À titre de personnes interviewées ou entendues dans les nouvelles, les femmes demeurent confinées au rang de « personnes ordinaires », alors que les hommes continuent d’être le plus souvent présentés comme « experts », ressort-il du GMMP 2010 : malgré les progrès enregistrés depuis 1995, seulement 19% des porte-paroles et 20% des experts sont des femmes. En ce domaine, on est loin de la parité !

De même, en tant que modèles, Jeanne d’Arc et Marie Curie sont encore aujourd’hui les deux seules « femmes remarquables » inscrites au programme de nos écoles primaires, rappelle Brigitte Grésy, alors que les modèles d’hommes remarquables proposés aux écoliers, même s’ils changent selon les exigences des programmes, restent nombreux ! Comment s’étonner ensuite de voir, sur les plateaux de télévision, des femmes infantilisées par certains présentateurs qui vont jusqu’à ne pas donner leur identité et ne les désigner que par leur prénom !

Toujours selon les chiffres du quatrième GMMP, quelques 18% des femmes sujets de nouvelles sont présentées comme des victimes contre seulement 8% des hommes. Mais cet écart diminuerait régulièrement depuis 1995.

Cette enquête internationale montre encore que 13% de tous les reportages sont centrés spécifiquement sur les femmes, ce qui est présenté comme un grand pas en avant par rapport à 2005 où ce taux n’était que de 10% !

Détaillons cette donnée pour mieux apprécier ce progrès : sous le thème majeur « politique/gouvernement », les femmes seraient au centre de 13% des reportages contre 8% en 2005 ; sous le thème « sciences/santé », on serait passé de 6% en 2005 à 16% en 2010 et, dans les reportages sur « l’économie », de 3% de reportages centrés sur les femmes en 2005, on serait passé à 11%. Compte tenu du petit nombre d’experts féminins, on peut supposer que, sur les ondes, sur les plateaux de télévision et dans la presse écrite, ce sont surtout des experts masculins qui parlent des femmes et de la place des femmes dans la société civile d’aujourd’hui !

Poursuivons, cette analyse : seulement 6% des reportages abordent des questions d’égalité et d’inégalité des sexes et ce, plutôt dans des reportages relevant des sphères « sciences/santé » et « social/juridique », bien plus rarement dans les domaines du « politique », de « l’économique » lesquels, pourtant, dominent l’actualité, mais « ont traditionnellement  marginalisé les femmes », pour paraphraser les observateurs du GMMP.

Le traitement des événements sportifs illustre ce phénomène de manière quasi caricaturale : 95% des sportifs de haut niveau dont la photographie figure dans les médias sont des hommes. Et les femmes ont intérêt à être belles pour figurer au nombre des 5% dont la presse montre l’image ! De plus, elles n’y sont à l’honneur que dans des disciplines connotées « esthétiques » telles le tennis, l’athlétisme, la gymnastique, la natation…  Et ce sont surtout leur vie privée et leurs mensurations qui font l’objet d’articles. Aussi, pour exister auprès des médias, les membres de l’équipe de France féminine de football ont-elles accepté de poser nues pour une photographie publiée avec cette légende : « Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ? »

Et dans le cyberespace qu’en est-il ?

Dans l’enquête GMMP, portant sur des sites animés par les professionnels de l’information, les femmes représentaient seulement 23% des sujets dans les nouvelles et les reportages des 84 sites Web ayant fait l’objet de monitorage. La sous représentation des femmes dans les médias traditionnels se retrouvent donc dans le monde virtuel de l’information. Un total de 16% des femmes sujets de nouvelles en ligne étaient décrites comme victimes et seulement 5% des hommes sujets de nouvelles. Seulement 36% des nouvelles de l’échantillon analysé étaient présentées par des femmes, 64% par des hommes. Enfin, il a été estimé que 42% des nouvelles en ligne renforçaient les stéréotypes sexuels, alors que seulement 4% les contestaient et que la majorité (54%) ne faisaient ni l’un, ni l’autre. Le GMMP ne s’est pas intéressé aux messageries, aux blogs, ces cyberespaces que les femmes ont investis avec enthousiasme, semble-t-il.

Des médias « 100% testostérone » ?

Que ces données internationales se recoupent parfaitement avec celles de l’enquête menée par la Commission sur l’image des femmes dans les médias, peut rassurer quand aux méthodes de mesure employées, mais non sur l’image de la place des femmes dans la société transmise par les médias ! Il est même inquiétant d’y découvrir que « quelques 46% des reportages renforcent les stéréotypes sexuels, presque huit fois plus que ceux qui contestent ces stéréotypes et qui ne dépassent pas 6% ! » Et encore, que « Plus de 50% des reportages sur la « criminalité » renforcent ces stéréotypes, suivis de près par les nouvelles portant sur les célébrités ou la politique » Ce qui amène les rapporteurs du GMMP à déplorer : « Le fait que deux de ces thèmes – la criminalité et la politique –occupent une large part de l’ordre du jour des nouvelles, implique leur incidence démesurée sur le renforcement des stéréotypes ». Un constat également fait dans le monde virtuel géré par des professionnels de l’information.

Quant à Brigitte Grésy, elle relève : « Le risque est grand qu’à force de ne pas donner la parole aux femmes, celles-ci s’accoutument à ne pas la prendre et s’habituent à leur mutisme, à leur rôle de spectatrices » Le colloque du 9 juin qui a donné la parole à des femmes manifestement bien décidées à ne pas la rendre, devrait la rassurer ! On assiste, en outre, à l’émergence de mouvements de femmes, comme« les Chiennes de garde », « Paroles de femmes » qui, tel le déjà célèbre « Ni putes, ni soumises », sont déterminés à faire bouger les lignes et qui recourent souvent à un humour décapant pour se faire entendre.

Plus généralement, aujourd’hui encore, dans le traitement des femmes par les médias, « On assiste à un effet d’entonnoir, analyse Brigitte Grésy. Non seulement les femmes sont en nombre inférieur à celui des hommes, mis à part certains journaux télévisés, mais leur présence quantitative elle-même est en quelque sorte fragilisée, minée de l’intérieur par le traitement qui leur est fait en termes d’identification et de rôle social. C’est comme si leur visibilité, réelle néanmoins, perdait de sa substance par cette absence de nomination et par le sort qui était fait à leur statut social ».Dans l’image que les média en donnent, les femmes lui paraissent telles « des passantes et non pas des rouages de la marche du monde. » En effet, expose-t-elle, dans son intervention au colloque sur « La place des femmes dans l’information » : « Quand elles sont là, les femmes apparaissent comme fragiles et bien peu visibles. Car il ne suffit pas d’être là, pour être visible. Il faut aussi se faire entendre. Or dès qu’il faut manifester du savoir, avoir une vision surplombante, avoir de la distance, voire de l’humour, on a affaire à un homme. Dans la sphère domestique, on a affaire à une femme. Cette vision binaire gomme automatiquement ce qui fait la modernité des hommes et des femmes d’aujourd’hui, à savoir la maîtrise quotidienne du passage d’une sphère à l’autre. C’est ’Chassez le domestique que je ne saurais voir !’On ne parle donc pas de ce qu’on considère comme étant du démodé et l’on retrouve l’archaïque ! »

Ce qui fait dire à la journaliste et auteure, Isabelle Alonso, que les médias sont « 100% testostérone », rapporte Brigitte Grésy. Et pourtant, « La représentation impartiale des genres doit être une aspiration professionnelle et éthique similaire au respect pour la vérité, l’équité et l’honnêteté », rappelle Aidan White, (Secrétaire Général de la Fédération Internationale des Journalistes) dans « Rétablir l’équilibre : l’égalité des genres dans le journalisme » (FIJ-2009).

Brigitte Grésy relève encore, dans son intervention au colloque : « Tout se passe comme si les femmes n’existaient qu’à travers une représentation collective, comme si la femme était toutes les femmes, avec une identité monovalente » Et, un peu plus loin commentant les données chiffrées des deux enquêtes, elle pointe : « Dans notre société tout fonctionne comme s’il y avait une dévalorisation du féminin du fait de l’absence de représentation d’un modèle adapté à la réalité. »

Certes, les femmes qui réussissent à s’imposer à des postes de décision ou qui réussissent à imposer leur présence et leur image dans des fonctions de représentation et ce, non à cause de leur charme, mais en raison de leurs compétences en termes de savoir et de métier, sont de plus en plus nombreuses.

On observe également ce phénomène dans les minorités visibles de notre société. Mais si elles sont traitées comme une minorité, les femmes sont loin d’être une minorité ! Et leur foule est extrêmement polymorphe ! Il y a toutes celles qui se conforment spontanément au formatage des stéréotypes ; celles, beaucoup plus rares et toujours très individualistes, qui savent user de ces stéréotypes pour circonvenir les stéréotypes des hommes et s’imposer à ces derniers et à la société ; celles qui s’efforcent de regrouper leurs pareilles pour imposer la modernité de leur mode d’être et qui y parviennent de mieux en mieux; et en bien plus grand nombre, celles qui, dans la solitude de leur conscience, entre vie professionnelle et vie privée, fantasmes, rêves et réel, voudraient être autres que ce qu’elles sont et jonglent avec leur surnature stéréotypée et leur soif de reconnaissance et d’égalité. Ce sont ces dernières qui, sans doute, trouvent dans les blogs un espace de liberté où s’exprimer.

Qu’en est-il dans la presse féminine ?

La modernité des femmes aujourd’hui passe par leur accès au savoir, au travail et par leur talent à concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle. Des sujets, qui ne peuvent donc laisser indifférents les multiples titres de la presse féminine. Une presse dont le chiffre d’affaire de quatre milliards d’euros est loin d’être négligeable quand celui de l’ensemble de la presse est de dix milliards (chiffres indiqués par Nathalie Sonnac). Mais il y a manière et manière d’aborder un sujet. Or, la logique publicitaire pèse lourdement sur ces supports vendus deux fois, une fois à leurs lectrices, une fois aux annonceurs, comme le rappelle Nathalie Sonnac. Cette presse, qui s’adresse à un lectorat quasi exclusivement féminin et fait appel à des équipes de rédaction essentiellement féminines, ne doit jamais perdre de vue qu’un annonceur se positionne en fonction de l’importance du lectorat visé par le contenu rédactionnel d’un titre et en fonction de ce que cet annonceur suppose de la réceptivité de ce lectorat aux produits qu’il promeut. Il existe des journaux haut de gamme, des journaux spécialisés dans le traitement de thèmes pratiques et une presse du cœur, ce qui représente une grande variété de contenus, mais avec toujours la même constante : favoriser la diffusion de produits de consommation. D’ailleurs, cette presse est elle-même un produit de consommation, comme en témoigne sa diversité avec, au côté d’une presse généraliste, un grand nombre de titres ciblant des domaines précis. Dès qu’un créneau nouveau de consommatrices émerge, de nouveaux titres paraissent, tels ces magazines pour seniors, où la publicité recommandant des chaussures pour pieds douloureux croise celle pour les sièges grimpant les rampes d’escaliers et celle vantant les baignoires antidérapantes. Mais tant sur les photos publicitaires que sur celles qui accompagnent les articles, les modèles, s’ils ont souvent les cheveux blancs – mais coiffés « jeunes » - possèdent des visages sans rides et des corps dont se contenteraient bien des trentenaires ! Car, les annonceurs, ces clients exigeants, ont des représentations fortement stéréotypées de ce que pensent, éprouvent ou rêvent les femmes ! Comme Monsieur et Madame Toutlemonde. Et comme Monsieur et Madame Toutlemonde, ils n’en ont pas conscience !

En effet, les publicitaires auditionnés par les membres de la Commission sur la représentation des femmes dans les médias ont soutenu que l’image des femmes dans la publicité avait accompagné l’évolution des femmes dans la société, qu’ils sont passés « de la ménagère » des années 50 et 60 à la « manager de sa vie »d’aujourd’hui…  Mais leur modèle, s’il sait se servir d’un ordinateur, reste toujours une femme belle, jeune, mince, le plus souvent blonde (alors que seulement 10% des Françaises sont blondes !), parfaitement coiffée et maquillée, élégante et le plus souvent blanche. Certes, les équipes de rédaction s’efforcent aujourd’hui de donner à cette icône de l’intelligence, du talent et même, de l’humour… Mais… Mais…

Proposant l’exemple d’un style nouveau de support que représente « auféminin.com », magazine féminin en ligne « lancé par deux femmes, dont l’une au moins est polytechnicienne, sinon les deux », Nathalie Sonnac précise que : « Ce site, très bien fait, est entièrement financé par la publicité et se vend d’abord aux annonceurs avant de se vendre aux femmes, suivant en cela une stratégie visant à générer de l’audience pour attirer les annonceurs, avec intervention de la régie publicitaire dans les décisions. Seul le support constitue une innovation, souligne cette économiste, non le contenu, davantage vendu aux annonceurs qu’aux lectrices. Mais avec, néanmoins un plus, du fait d’une mise en ligne de services, notamment en termes d’information sur le monde du travail, les carrières. « auféminin.com »propose également à ses lectrices un blog.»- « Ce qui n’est pas sans importance, relève Nathacha Henry, ces blogs de femmes constituant des espaces de liberté où celles-ci osent s’exprimer, se parler, se conseiller les unes les autres, s’encourager. Il faut lire ce qui s’y dit sur les violences conjugales ! »

Un espoir, néanmoins : le secteur marchand, qui suit les modes, les engouements du moment, ne saurait négliger le goût du naturel que manifestent nombre de femmes, aujourd’hui, sous l’influence du courant écologique et du succès des produits dits « bio ». Or, « la publicité s’efforce d’être légèrement en avance sur la réalité de la vie des femmes pour les attirer sans risquer de les décourager », rappelle Brigitte Grésy. Peut-être la publicité en donnant à voir cette femme nouvelle éprise de naturel va-t-elle contribuer à battre en brèche le stéréotype de la pin-up ?

Qui sont ces femmes « qui sont partout » mais qu’on ne voit pas, qu’on n’entend pas dans les médias ? Et où sont-elles ?

Portrait en chiffres :

 

Travail    :

                Part des femmes qui travaillent : 80%

                Écart des rémunérations : 20%

                Part des femmes dans les professions intellectuelles supérieures : 35,7%

                Part des femmes dans la fonction publique : 59%

                Part des femmes aux emplois supérieurs dans la fonction publique : 15%

Part des femmes parmi les employés : 72,9%

                Part des femmes dans le travail à temps partiel : 80%

                Part des femmes parmi les députés : 18,5%

                Part des femmes parmi les conseillers régionaux : 47,6%

                Part des femmes membres de CA dans les entreprises : 8%

                Montant mensuel moyen brut de la retraite en euros : 1020€ (1636€ pour les hommes)

 

Savoir :

                Part des filles dans les bacheliers généraux : 58%

                 (garçons : 42%)

                Filles titulaires d’un bac S visant un diplôme d’ingénieur : 18%

                (garçons : 42%)

                Part des étudiantes en cursus licence des universités : 57%, dont :

-          28% en sciences fondamentales et applications

-          51% en sciences économiques et de gestion

-          61% en sciences de la nature et de la vie

                Part des femmes en première année de médecine : 66%

                Part des femmes en étude de langues : 75%

                Part des filles dans les écoles d’ingénieurs : 27%

                Part des filles dans les écoles de journalisme : 60%

Ce « portrait en chiffres » et, ici décomposé en trois tableaux, a été établi par Brigitte Grésy à partir de données de l’INSEE, chiffres clés 2007 du ministère du Travail(SDFE) et du ministère de l’Éducation nationale, est extrait du Rapport sur « l’Image des femmes dans les médias »

Articulation des temps (vie privée / vie professionnelle)

Âge moyen des femmes au premier mariage : 28,8 ans

Âge moyen des mères : 29,7 ans

Part des femmes dans les familles monoparentales : 90%

Part des enfants de 4 mois à deux ans et demi gardés par un parent qui ne travaille pas : 50%

Allongement durée moyenne quotidienne temps domestique pour les hommes en 13 ans : 8 minutes

Diminution de la même mesure pour les femmes : 1 minute

Part du noyau dur de travail domestique effectué par les femmes (cuisine, vaisselle, ménage, linge, courses courantes, soins matériels aux enfants et parents âgés) : 80%

Il suffit de parcourir ces chiffres pour comprendre que, en période électorale, la place des femmes dans la société civile puisse grandement interpeller les partis politiques, toutes tendances idéologiques confondues ! À défaut de favoriser à tout coup la parité des genres parmi ceux qui briguent nos voix – on ne va quand même pas voter pour une femme pour la seule raison qu’elle est une femme ! – nous devrions donc pouvoir au moins influer sur les propositions des candidats à nos suffrages ! Encore faudrait-il que nous nous dégagions de notre propre formatage, plus ou moins conscient, pour faire montre d’un judicieux esprit critique… Mais comment nous faire entendre quand notre parole a si peu d’écho dans les médias nationaux classiques ? Grâce à des porte-paroles déterminés à faire bouger les lignes, tel « Nouvellesnews » « Voix de femmes», « Fémix Sports » (Femmes Mixité Santé), « VoxFemina » et bien entendu, « Femmes 3000 ! » Et puis, il y a toutes ces « bloggeuses », sur Internet !

L’Association des Femmes Journalistes devrait être une figure de proue de cette conquête par les femmes de la parole dans les médias et non un alibi en faveur du statu quo, l’existence même de cette association pouvant être utilisée comme la preuve de ce qu’ « elles sont partout » ! Le formatage subi durant leur formation freinerait les femmes journalistes ? Il y en a qui y échappent quand même. Mais, sans doute, ni plus ni moins que dans les autres catégories de femmes exerçant une activité professionnelle, c’est-à-dire trop peu.

Néanmoins, l’attrait de nos bulletins de vote aidant, le législateur ne peut que chercher à accroître nos possibilités de traverser le plafond de verre dans le domaine professionnel ; que permettre l’émergence d’un remodelage des relations entre les hommes et les femmes qui n’aboutisse pas à remplacer des stéréotypes par d’autres stéréotypes mais mène à une mixité harmonieuse basée sur l’égalité.

Et il semble bien qu’il en aille ainsi. La Loi sur la Parité, la Commission d’enquête sur l’image des femmes dans les médias – qui va se pérenniser afin de suivre l’évolution de la situation – nous inclinent-elles à le penser.

La situation des femmes journalistes - Ce qui s’en est dit lors du colloque sur la place des femmes dans l’information.

Les femmes représentent aujourd’hui plus de 43% des journalistes, un chiffre qui devrait encore augmenter, les effectifs des écoles de journalisme comportant actuellement 60% de filles.

En 2007, la Commission de la Carte de Presse faisait état d’un total de 37301 cartes attribuées dont 21131 à des hommes (56,65%) et 16170 à des femmes (43,35%).

Mais elles n’occupent que 8,80% des postes de direction stratégiques dans l‘ensemble des médias étudiés par la Commission d’enquête sur l’image des femmes dans les médias : en fait, nombre d’entre elles sont pigistes.

 

Le plafond de verre, toujours…

Proportion de femmes occupant des postes de direction stratégiques dans les principaux médias (en %) :

Postes pris en compte : PDG, Président du Directoire ou du Conseil de Surveillance    

Vice- président, Directeur général, Directeur général adjoint ou Délégué, ou Secrétaire général

 

Chaînes généralistes de télévision :    

Femmes : 9,76%                                    (Hommes : 90,24%)

Radios généralistes :

Femmes : 7,41%                                    (Hommes : 93,59%)

Quotidiens nationaux d’information :

Femmes : 3,85%                                    (Hommes : 96,15%)

Magazines nationaux d’information :

Femmes : 14,81%                                  (Hommes : 85,19%)

Ensemble des médias étudiés :

Femmes : 8,80%                                    (Hommes : 91,20%)

Source : Évaluation de la Délégation du Sénat aux droits des femmes, d’après l’annuaire Média SIG 2006, données reproduites dans le rapport sur l’image des femmes dans les médias.

 

Une auditrice dans la salle rapporte à ce propos que « L’équipe de Marianne a entrepris récemment une enquête sur sa propre situation et découvert que, dans les rangs de la direction du journal, il n’y avait que 15% de femmes et qu’à poste égal, l’écart de salaire entre un homme et une femme était d’environ 29% en moins pour la femme. Cette équipe illustrait donc parfaitement la situation générale, ce dont ses membres ont été fort surpris ! » Ces chiffres amènent Brigitte Grésy à relever que « Le plafond de verre est, dans le monde des médias, aussi incassable que partout ailleurs.»

 

« Paternalisme lubrique » parfois, sexisme toujours.

 

 - Sexisme dans les rédactions

« Un plafond de verre dont le paternalisme lubrique des hommes est un élément non négligeable !» déclare Natacha Henry, qui précise : « J’appelle ainsi ce paternalisme des supérieurs hiérarchiques qui s’autorisent des propos et des comportements déplacés vis-à-vis de leurs subalternes femmes. C’est là une manifestation ordinaire du sexisme observable, en France, dans le monde du travail en général et en particulier dans celui des médias. Exemple vécu : une jeune journaliste engagée sur la 2 depuis une année est appelée un matin dans le bureau de son directeur qui lui demande de fermer la porte et de s’asseoir. Elle se demande ce qu’il va lui dire, quel reproche sur son travail il peut avoir à lui faire, elle est très angoissée. Et elle entend :’J’aime beaucoup ta jupe. Il faut que tu viennes toujours au bureau habillée comme ça ! Tu es un rayon de soleil !’ – Bien entendu, elle n’est plus venue travailler qu’en pantalon. Les femmes, toutes les femmes savent fort bien qu’un supérieur hiérarchique qui déclare ‘ Á tes beaux yeux, je ne peux rien refuser’, ne leur fait pas la cour mais leur signifie : ‘C’est moi le patron !’ Et les hommes qui se comportent ainsi, le savent aussi ! »

« Les choses ont quand même bien évolué en dix ans, tempère Michèle Reiser. Quand, j’ai commencé à travailler comme jeune réalisatrice à la télévision, je n’étais entourée que d’équipes d’hommes et je vous ferai grâce de tout ce que je devais entendre ! Un jour où je présentais à un producteur un projet de long métrage qui me tenait à cœur, son apparent intérêt pour mon propos m’ayant remplie d’espoir, je parlais d’abondance, avec enthousiasme, quand celui-ci m’a interrompue d’un coup pour me demander si je portais un porte-jarretelles !  Ce qu’il n’oserait plus faire aujourd’hui. »

Et une auditrice, dans la salle raconte : « En sortant d’HEC, j’ai été embauchée par une grande entreprise américaine. Là, on m’a déclaré d’emblée : ‘Chez nous, vous n’entendrez pas de blagues sexistes, pas de propos machistes’. Cette entreprise présentait donc comme un atout en sa faveur l’absence de cet élément présent dans le monde du travail français ! »

Déchaînant les applaudissements de la salle, une autre lance : « Les colloques, les auditions, c’est bien beau, mais ce qui compte, c’est la loi et, surtout, l’application de la loi ! J’ai effectué la moitié de ma carrière aux États-Unis et l’autre moitié en France. J’ai la double nationalité. Aux États-Unis, on ne me disait pas ‘tu as un beau cul’ parce qu’il y avait la loi ! En France, si on me mettait la main aux fesses, j’avais le choix entre le silence ou une paire de baffes et les conséquences qui vont avec ! »

Même quand il ne se manifeste pas de façon aussi brutale et vulgaire, le sexisme imprègne assez fortement le milieu pour qu’il handicape les jeunes journalistes. Comme n’importe quelle femme victime de sexisme dans le monde du travail, « Elles se réfugient dans le déni, car vivre une permanente infériorisation est épuisant. Elles préfèrent faire comme si cela n’existait pas » pour paraphraser Brigitte Grésy. « Un déni qui s’exprime aussi à travers le déni du féminisme ! Relève une auditrice. On entend fréquemment : ‘Je ne suis pas féministe, mais…’ Car être traitée de féministe par les collègues masculins cela signifie être jugée comme non féminine, c’est être une femme ratée ! »

« Dans les écoles de journalisme, rapporte Blandine Grosjean, on dit volontiers d’un garçon qu’il est bon ou mauvais apprenti journaliste, les filles, étant quant à elles, jolies ou pas ».

- Sexisme dans le traitement de l’information.

Et l’on retrouve ce sexisme dans les articles, reprend Natacha Henry ! J’en ai relevé quelques manifestations que je propose à votre réflexion : en 2002, après le deuxième tour de l’élection présidentielle, le Nouvel Observateur a présenté les 100 personnalités sur lesquelles misaient Jacques Chirac, à savoir : les incontournables (que des hommes !) ; les piliers (que des hommes !) ; la relève (que des hommes !). Là, ils ont dû réaliser qu’ils avaient oublié les femmes, alors ils ont fait une quatrième page sur les femmes. Cinq ans plus tard, ils ont recommencé avec les 100 personnalités sur lesquelles misaient Nicolas Sarkozy. Cela a donné : la garde rapprochée (que des hommes !) ; les barons (que des hommes !) ; les ministrables (que des hommes !) – il semblerait d’ailleurs qu’en cette circonstance, leur sexisme les ait faits manquer de flaire - et enfin, comme une quatrième catégorie, les femmes ! J’ai hâte de voir ce qu’ils vont faire en 2012 !

« Voici un autre exemple puisé dans « le Monde des livres » en date du 30 septembre 2010 : il s’agit d’un compte-rendu sur le festival de la bande dessinée d’Angoulême. Dans un article bien documenté de quatre longues colonnes, il n’est question des auteures femmes que dans les dix dernières lignes de la dernière colonne. Et ce, en tant quetalents en devenir qui ne devraient pas manquer de confirmer les espoirs portés sur eux’, une opinion qu’on peut admettre d’ailleurs. C’est la manière dont sont présentées ces auteures qui pose problème. On lit, en effet : ‘Nine Antico (Girls don’t cry, Glénat), Capucine (Sophia libère Paris,Delcourt,avec Libon), Lucie Durbiano (Lo,Gallimard) ou la prometteuse Léonie (Princesse Suplex, Manolosanctis)- autant d’auteures portant haut le flambeau d’une BD féminine à la vitalité rafraîchissante » ! Une vitalité rafraîchissante… Quand on sait ce que la réalisation d’une bonne BD représente de talent, de sueur et d’angoisse, de mois, d’années de travail, de difficultés à trouver un éditeur !

« Voici encore la petite chienne au collier de diamants qui fait penser à Carla Bruni, dans Libération (29-02-08). Bien sûr, il est écrit : ‘la première fois qu’on a vu cette jolie petite chienne, on a pensé – va savoir pourquoi – à une chanson de Carla Bruni. Le regard sans doute, la finesse de l’allure, la tendresse un peu triste (ou la tendresse un peu tendre)’… Faut-il être un lecteur doté d’un mauvais esprit pour penser Carla Bruni quand il est écrit chanson de Carla Bruni ? J’ai pensé ‘Carla Bruni’, comme beaucoup d’autres lecteurs certainement... C’était en 2008.Je crois qu’aujourd’hui, celui qui a écrit ces lignes ne se permettrait pas de susciter un tel rapprochement.

-  Un sexisme à l’œuvre jusque dans le choix des mots pour parler des violences faites aux femmes.

« Mais c’est dans la catégorie des articles sur les violences faites aux femmes que ce sexisme m’inquiète le plus. Les termes employés pour parler de ces faits divers, laissent pantois ! Le style de nombre de nos confrères apparaît complètement démodé, décalé par rapport à notre société. Ils ont si peu intégré le concept d’égalité des sexes qu’ils se coupent de la réalité. Ils restent dans une espèce de fable, sans même s’en apercevoir. Par exemple ceci :  ‘…’Ils s’étaient pris de passion pour des jeunes femmes originaires d’Europe de l’Est. Le problème est que ces jeunes demoiselles faisaient commerce de leurs charmes. [] Le sous-bois dans lequel elle vendait ses charmes...’- ou bien dans un autre article : ‘Il voulait la garder pour lui seul. Tombé fou amoureux…il a préféré tuer sa dulcinée pour que jamais plus aucun autre homme ne l’approche…’ Ou bien ce poncif : ‘ Elle se refusait à lui, il la tue…’ Le sordide se trouve paré de romantisme. Outre le choix des mots qui amortit la violence des faits, de tels articles laissent penser que, pour la société, il existerait une immunité amoureuse selon laquelle : ‘tu es amoureux, tu as le droit de tout faire’. L’amour comme excuse à la violence et au crime ! Ce mode de traitement de cette catégorie de faits divers va avoir une répercussion désastreuse sur la lectrice anonyme qui vit un enfer quotidien auprès d’un compagnon brutal. Dans la presse elle lit qu’on qualifie « d’amour » ce qu’elle vit elle-même comme une violence terroriste. Elle se dit que personne ne la croira si elle se plaint !»relève cette journaliste, auteure d’un ouvrage intitulé « Frapper n’est pas aimer».

« La loi de juillet 2010 qui traite des violences faites aux femmes a prévu des formations psychologiques pour tous les professionnels intervenant dans ces situations, poursuit-elle. Cela concerne tant le corps médical que le personnel des services sociaux, la police et la gendarmerie. Mais pas la presse. Et les élèves des écoles de Journalisme continuent à aborder ces drames et à les décrire avec des mots du XVIIIème siècle ! Un formatage identique pour les filles et les garçons, ce qui amène les journalistes femmes à user du même vocabulaire que leurs confrères masculins, déplore-t-telle.

« Le formatage lors de la formation des journalistes est tellement prégnant et conforme aux stéréotypes les plus ordinaires qu’au plan conscient, nombre de jeunes femmes journalistes ne le ressentent même plus comme une entrave à l’expression de leur talent, de leur personnalité, insiste Brigitte Grésy. Et l’on entend des femmes grands reporters déclarer‘ On fait du reportage comme les hommes’ » On les entend également déclarer qu’elles doivent prouver à leur environnement masculin qu’elles ne sont pas « de faibles femmes » pour pouvoir se faire accepter, pour pouvoir être prises en considération. Alors qu’il est évident que, si elles se trouvent dans un tel environnement, cela signifie qu’elles sont aussi solides que leurs confrères masculins. Mais les stéréotypes ont la vie dure… « Le sexisme commence à figurer dans les formations psychologiques pratiquées au sein des entreprises, relate Brigitte Grésy. Mais il n’existe pas d’objectivation de ce phénomène dans les faits».

 « Les écoles de Journalisme ont enfin décidé d’introduire dans leur enseignement une réflexion sur le langage et les mots employés. » annonce Isabelle Germain faisant état d’une promesse qui lui a été faite et qui devrait rassurer Natacha Henry, laquelle annonce une autre bonne nouvelle : « Il existe maintenant un guide, édité par la Documentation française, qui donne l’équivalent féminin agréé aujourd’hui pour les noms de métiers et de fonctions. Il est intituléFemme, j’écris ton nom’, et devrait permettre à tous les journalistes d’employer toujours le terme juste »

Puis, quittant le sexisme des mots employés par ses confrères pour revenir à la société civile, elle relate : « On m’appelle pour parler de ces problèmes de sexisme dans les établissements scolaires des zones dites sensibles, jamais dans les établissements scolaires chics et élitistes qui admettent qu’il faille parler de cela chez les autres mais pas entre leurs murs et qui, sûrs de leur bon droit, ne font pas évoluer leurs positions et forment de futurs leaders aussi sexistes qu’eux-mêmes.»

- Il est temps de ringardiser bon nombre de stéréotypes !

« Le travail de notre Commission se poursuit, précise Michèle Reiser. En octobre dernier, nous avons réunis les responsables des médias pour les engager à favoriser la parole des femmes et plus particulière

11:27 Publié dans Media, Parité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femmes3000, media

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