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25/12/2011

Compte-rendu du Café de Flore du 04/10/11 avec Claude PINOTEAU, par Monique RAIKOVIC

Claude PINOTEAU.jpgTélécharger la version pdf

Claude Pinoteau a tenu tous les rôles possibles sur un plateau de tournage, y compris celui d’acteur, parfois. Quand on l’écoute parcourir les étapes de sa longue carrière de cinéaste, on comprend aussitôt que sa vie s’est forgée tout entière à travers et pour le cinéma, lequel a enthousiasmé l’adolescent qu’il a été et continue d’émerveiller l’amoureux du septième art qu’il est encore aujourd’hui.

« Nous sommes heureuses de recevoir au Café de Flore des hommes et des femmes mus par une passion et dont la carrière s’est construite à partir et au profit de cette passion, a rappelé Christiane LEGRAIN avant de remercier Claude PINOTEAU d’avoir accepté d’être le premier invité de Femmes 3000 en cette rentrée 2011.

La passion pour le septième art a effectivement animée de bout en bout la carrière de Claude Pinoteau. Avec la modestie qui caractérise les artisans talentueux, cet homme déclare qu’il a eu beaucoup de chance. Ce qui est exact. Mais encore faut-il, comme lui, avoir en soi les ressources nécessaires pour faire fructifier cette chance ! Or, en lui, la symbiose entre carrière et passion s’est trouvée constamment stimulée par un intense appétit de vivre, source de joie et d’énergie dans l’action. De plus, très tôt, Claude Pinoteau a fait montre d’une capacité exceptionnelle à saisir les opportunités qui se présentaient à lui et à s’y adapter, qu’il s’agisse de rencontres humaines ou de résolutions de problèmes matériels.


On demanda un jour à Victor Hugo ce qui, du travail, de la chance et du talent, lui paraissait être le plus important pour mener à bien une carrière. Il répondit : « Avez-vous déjà vu un tricycle rouler sans trois roues ? ». Le tricycle de la carrière de Claude Pinoteau a roulé sur les trois roues de la chance, du travail et du talent.

Zoom sur la carrière du cinéaste.

Claude Pinoteau est tombé dans le cinéma comme Obélix dans la marmite de potion magique : Lucien Pinoteau, son père, a été, entre les deux guerres mondiales, un régisseur connu, « Le roi des régisseurs » pour paraphraser notre invité. Dans « Merci la vie ! »[1], récit de ses « Aventures cinématographiques », Claude Pinoteau nous apprend que « C’est au cours de ces films que l’intrépide régisseur rencontra une jeune et séduisante comédienne. Deux fils naquirent de leur union à vingt mois d’intervalle : mon frère Jack et moi-même. Notre père nous installa dans un pavillon en face des studios de la rue Chauveau à Neuilly et on ne tarda pas à les visiter dès nos plus jeunes années […] Comment résister à cet univers de rêves, à ces mises en scène de l’imaginaire, comment ne pas souhaiter y vivre une vie entière !».

Ainsi ont commencé une enfance et une adolescence heureuses dans laquelle la vie de potache ne pouvait éclipser l’attrait des studios : « Je passais la plupart de mes jeudis aux studios de Neuilly, puis aux studios Francoeur à Montmartre. J’adorais entrer dans cet univers où l’imaginaire était roi », écrit-il encore. Néanmoins Lucien Pinoteau s’efforçait de convaincre son fils Claude de se préparer à devenir officier… tout en le laissant, comme son frère Jack, faire de la figuration et, côtoyer, émerveillé, des acteurs célèbres tels que Louis Jouvet ou Michel Simon !

Café de Flore F3000_C Pinoteau_oct 2011 (3).jpgMais avec l’entrée en guerre de la France en 1939, Lucien Pinoteau interrompt brutalement les études de ses deux fils, estimant plus utile de les lancer sans plus tarder dans la vie active. « Mon père devait descendre à Nice cet hiver 1939-1940 pour travailler sur ‘Untel père et fils’, film de son fidèle ami et grand metteur en scène Julien Duvivier […] Mon père m’emmena avec lui à Nice, m’acheta un vélo et me fit engager comme coursier. », lit-on dans le récit de Claude Pinoteau, lequel poursuit : « J’avais 14 ans et j’entrais dans le monde magique du cinéma pour ne plus en sortir. À 75 francs par semaine, j’étais riche d’une joie intense.»

Cet adolescent nourri d’informations sur les aspects techniques et financiers du cinéma à travers les activités et les relations de son père, mais également capable d’échapper au quotidien pour des escales dans les mondes imaginaires que lui ont toujours offert films et livres d’aventures, est aussi un garçon actif, désireux de se rendre utile, de participer autant qu’il lui est possible à ce que les gens de métier réalisent sur le plateau. « J’étais tous les jours sur le plateau de tournage », rapporte-t-il d’ailleurs dans ses mémoires. Observateur autant qu’admiratif, débrouillard et toujours de bonne humeur, il devient vite le « go between » du metteur en scène et de ses assistants en ces temps où talkies-walkies et portables n’existaient pas. « Je courais très vite », se souvient-il, une vélocité appréciable quand il s’agit d’aller chercher les acteurs et les techniciens réclamés par le metteur en scène ou ses assistants ! 

Cette joie de vivre ne se double pas d’insouciance : les Pinoteau, père et fils, retrouvent en 1940 un Paris occupé par les Allemands. La Continental, société de production allemande, fait appel à la compétence de Lucien Pinoteau, lequel refuse de collaborer avec celle-ci et préfère aller travailler en usine pour survivre, tandis que son fils, Claude, accepte sans rechigner les petits boulots qui se présentent, « se fait les mollets » notamment dans une entreprise de vélo-transports. Quand, en 1941, les productions françaises reprennent aux studios de Saint Maurice, Lucien Pinoteau est aussitôt engagé sur « Premier Bal », un film de Christian Jacques. Alors Claude Pinoteau, grand adolescent de 16 ans, reprend le chemin des studios dans le sillage de son père. Il brûle de devenir assistant, un rêve a priori inaccessible à une personne ne possédant pas le moindre diplôme. Mais, son père le fait embaucher comme stagiaire à la régie, puis, en 1942, comme accessoiriste sur « L’Escalier sans fin » de Georges Lacombe. « Non seulement nous avions la responsabilité de tous les accessoires de jeu, mais aussi des chats, chiens ou autres animaux nécessaires au tournage », explique-t-il. Cette activité polyvalente lui paraît agréablement ludique. De plus, cet amoureux du cinéma et des acteurs se trouve alors « aux premières loges pour voir le réalisateur diriger Madeleine Renaud et Pierre Fresnay », se souvient-il.

Enchaînant les films en tant qu’accessoiriste, il se forge une réputation qui lui permet de travailler à temps plein sur les plateaux de tournage et lui procure la satisfaction de ne plus avoir besoin de faire intervenir son père pour être retenu. C’est en temps qu’accessoiriste qu’il rencontrera Cocteau pour la première fois… en le couvrant de toiles d’araignées dans « Le Baron fantôme » (1943), un film de Serge de Poligny !

En dehors des plateaux, la réalité de l’occupation de la capitale imprègne d’autant plus le quotidien de Claude Pinoteau qu’il partage l’activité et les soucis de son père pour « Les petits Poulbots », œuvre que celui-ci a fondée en 1939, avec le célèbre dessinateur Poulbot, afin de venir en aide aux enfants de Montmartre et à leurs familles, une action qui s’est avérée cruciale durant la période de grave pénurie alimentaire qui a caractérisée les années 1941-44.

Zone de Texte: « Je pense que j’ai décidé de m’intéresser à tout ce qui me faisait aimer la vie et d’ignorer le reste. »
Claude PINOTEAU
Il est âgé de 18 ans au moment de la Libération de Paris et il s’engage dans les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur). Il fera la dure campagne d’Alsace. La chance une fois de plus lui sourira, puisqu’il en reviendra, contrairement à nombre d’autres jeunes gens aussi enthousiastes et héroïques et aussi inexpérimentés que lui dans le maniement des armes. Cette campagne lui inspirera, beaucoup plus tard, le long métrage « La Neige et le feu » (1991). Un film qui, d’ailleurs, lui a été commandé par Alain Poiré, PDG de Gaumont International, après que celui-ci eut découvert cette page de sa vie. « Une semaine plus tard, Alain Poiré me demanda de rédiger sur deux feuilles l’histoire de ces mômes partis trop tôt à la guerre et à la mort », écrit-il dans ses mémoires cinématographiques. Il n’est pas certain, en effet, que ce cinéaste qui nous a déclaré d’emblée, lors de sa venue au café de Flore : « Je pense que j’ai décidé de m’intéresser à tout ce qui me faisait aimer la vie et d’ignorer le reste », aurait, de lui-même, pris l’initiative de porter un tel fragment de ce « reste » à l’écran. Claude Pinoteau aime trop sa vie pour souhaiter en montrer les blessures. Tout son parcours témoigne d’un tropisme jamais altéré pour les aspects positifs des situations où l’a projeté sa carrière. De sa vie privée, dont il ne parle guère, il ne laisse voir également que des aspects heureux. « Il y a tant de raisons d’aimer la vie ! », s’exclame-t-il volontiers. De cette attitude, il tire une élégance, une courtoisie dont il ne se départit en aucune circonstance et qui lui fait dire, aujourd’hui, à plus de 80 ans : « J’aime tant la vie qu’elle hésite à me quitter ! ».

Démobilisé, Claude Pinoteau a retrouvé les studios de cinéma comme accessoiriste en 1946, puis il a été régisseur de plateau en 1947, sur le tournage de « l’Aigle à deux têtes », de Jean Cocteau. Il avait été engagé pour cette fonction par Alexandre Mnouchkine, PDG des films Ariane (prénom de celle qui est devenue la célèbre Ariane Mnouchkine). C’est encore Alexandre Mnouchkine, qui lui a fait gravir un nouvel échelon en l’engageant comme second assistant pour le tournage d’un autre film de Jean Cocteau, « Les parents terribles ». Ainsi s’est trouvé réalisé son rêve d’adolescent : devenir assistant. Puis, Jean Cocteau le fera engager comme premier assistant titulaire en 1949 pour le tournage de son film « Orphée ».

C’est, là, une progression éclair de la part d’un jeune homme qui ne répondait pas au profil de bachelier exigé alors, dans notre pays, pour cette profession ! Mais cette reconnaissance de la compétence qu’il a acquise sur le terrain, représente un adoubement par les gens de métier, sans nul doute plus précieux que le plus prestigieux des diplômes !

« Je ne sais pas si j’ai été un bon metteur en scène, tient à préciser Claude Pinoteau. Mais je sais que j’ai été un très bon assistant. On me sollicitait de partout. C’est, là, ma seule fierté […] J’ai travaillé avec des êtres extraordinaires. Et je préférais être second à Rome que premier dans mon village ! Mais, peu à peu, j’ai acquis un savoir bien plus vaste que celui de certains metteurs en scène ! ».

Zone de Texte: « je sais que j’ai été un très bon assistant. On me sollicitait de partout. C’est, là, ma seule fierté […] Et je préférais être second à Rome que premier dans mon village ! Mais, peu à peu, j’ai acquis un savoir bien plus vaste que celui de certains metteurs en scène ! » 
Claude PINOTEAU
Ce savoir, Claude Pinoteau va le mettre au service de sa créativité dans plusieurs courts métrages à partir de 1968 où il réalise « L’Enfant seul », puis en 1970 où il tourne « L’Arrêt » et « Iran » (premier Prix au festival du court métrage de Tarbes), ceux-ci , avec le soutien de Claude Lelouch.

Claude Lelouch, en effet, connaissait la compétence de Claude Pinoteau pour l’avoir eu comme premier assistant sur le tournage de « La Vie, l’Amour, la Mort » (1968) puis de « Un homme qui me plait »(1969). Il a donc proposé à celui-ci de travailler avec lui à temps plein et à l’année comme assistant, coscénariste, réalisateur de courts-métrages, directeur et producteur délégué des Films 13. Curieux et ouvert à tous les modes de filmer, Claude Pinoteau a accepté cet engagement qui lui permettait d’accéder pleinement aux méthodes de travail du « nouveau cinéma ». Inaugurée avec « Le Voyou »(1969), cette association avec Claude Lelouch s’est avérée une période aussi fructueuse que trépidante pour Claude Pinoteau. 

Le jour où Claude Lelouch a visionné le court-métrage de Claude Pinoteau, « Iran », Lino Ventura était là. Quand la lumière est revenue dans la salle de projection des Films 13, l’acteur a demandé à Claude Pinoteau d’être le metteur en scène de son prochain film, un projet produit par Alain Poiré (Gaumont), avec Jean-Loup Dabadie comme coscénariste et dialoguiste.

Revenons aux mémoires cinématographiques de notre invité pour ce moment capital de sa carrière : « Ma grande expérience de ce métier avait déjà incité quelques producteurs à me proposer des mises en scène, rapporte-t-il. Mais, ayant assisté des géants du cinéma, tels Max Ophuls, René Clair, Abel Gance, Jean Cocteau, Jean-Pierre Melville, Jean Giono, René Clément, Henri Verneuil, pour ne citer que ceux-là, je ne me sentais pas de taille à les égaler. En les assistant, je ‘ cultivais mon jardin’, je visitais ma planète, je rencontrais des personnalités, je me liais d’amitié avec des acteurs, des producteurs, de talentueux auteurs, artistes et techniciens.[…] Mais les chances nommées Gaumont, Alain Poiré, Lino Ventura et Jean-Loup Dabadie me décidèrent à franchir le Rubicon. Comment refuser un pareil carré d’as ! Le sort en était jeté ! »

P1040103.JPGEt, en 1972 Claude réalisait son premier long métrage, « Le Silencieux » qui devait connaître un succès international avec, en particulier, un accueil triomphal en Chine !

En 1974, sortait « La Gifle », avec Isabelle Adjani (Prix Louis Delluc et Jean Leduc de l’Académie française). Ensuite, Claude Pinoteau allait réaliser un long métrage tous les deux ans jusqu’en 1997. Parmi ces films, la célèbre « Boum »(1980) reçut un accueil enthousiaste, notamment en Italie et fit passer Sophie Maupu, une lycéenne inconnue, au rang de star. Ainsi naquit au cinéma, grâce à « la Boum », Sophie Marceau.

Ces années de réalisation de longs métrages constituent, sans nul doute, la période de la carrière de Claude Pinoteau que le grand public connaît le mieux, celle dont les adhérentes de Femmes 3000 réunies au café de Flore souhaitaient entendre leur invité les entretenir. Le conteur qu’est ce cinéaste avait du reste averti : « C’est très volontiers que je parle de mes aventures cinématographiques, mais une fois que j’ai commencé, je ne parviens plus à m’arrêter ! J’en ai tant à raconter ! » Aussi avait-il proposé : « Il serait plus sage que vous me posiez des questions auxquelles je me ferai un plaisir de répondre.» Ainsi fut fait. Voici les réponses de Claude Pinoteau aux questions des adhérentes de Femmes 3000 réunies au Café de Flore.

Femmes 3000 - Quelle a été votre plus belle aventure cinématographique et pourquoi ?

Claude Pinoteau - Chaque film est une aventure. Des aventures, mon Dieu, j’en ai eu tellement… En voici une qui se présente à mon esprit : lors du tournage de « l’Aigle à deux têtes » de Cocteau, j’ai dû parcourir 50 km de nuit, sous les premiers flocons de la saison, au creux des gorges de la Romanche, en chevauchant une jument qu’il avait été impossible de convaincre de monter dans le fourgon de chemin de fer devant la ramener à Uriage et à son écurie. Je me suis aperçu que cette bête apeurée cessait de trembler quand je chantais ! Je chantais donc. Elle s’appelait Olga.

Et en voici une autre, anecdote plutôt qu’aventure : en 1962, Verneuil envisageait le tournage avec Jean Gabin d’une histoire de pécheurs en Norvège. Mais Gabin a dit : « On mange mal en Norvège. Et puis vivre sur un chalutier qui sent la morue… Trouvez autre chose ! » Alors Michel Audiard a donné à lire à Henri Verneuil, le roman d’Antoine Blondin, « Un singe en hiver ». Verneuil a aimé. Gabin a aimé. On a pensé à Jean-Paul Belmondo pour le héros. Il fallait faire vite pour rester dans les délais du contrat qui liait Gabin à Verneuil. J’ai fait les repérages, découvrant ainsi le bourg de Villerville, entre Honfleur et Deauville, où nous avons pu tourner la majeure partie des scènes du film. Depuis, il y a une rue « Le singe en hiver à Villerville » ! 

Gabin et Belmondo formait un couple pittoresque. « Tu es ma jeunesse ! » disait Quentin-Gabin dans le film. Et ça restait vrai hors tournage où, alors, ils ne parlaient entre eux que de sport et de cuisine !  Mais, plus importantes, plus marquantes que ce genre d’aventure survenant en cours de tournage, ont été pour moi les rencontres surtout celles qui se muaient en amitié. Comme cela a été le cas avec Alexandre Mnouchkine, Jean Cocteau, Jean Giono, Lino Ventura, Claude Lelouch, Alain Poiré, Jean-Loup Dabadie, Isabelle Adjani… et tant d’autres ! [NDLR : des hommes surtout, semble-t-il !]

Ainsi, être l’assistant de Jean Cocteau a été pour moi, bien plus qu’une belle aventure. J’ai d’ailleurs écrit un livre sur mon travail auprès du poète[2]. Il me faisait entièrement confiance pour les repérages. Il disait que j’étais ses yeux. J’ai servi de mon mieux l’univers de Cocteau. Pour le tournage d’ « Orphée »(1949), je ne trouvais pas le chalet de la mort. « Ne t’en fais pas, me disait Cocteau, nous ne tournons dans cette maison que dans quinze jours. Mais elle existe ! Elle attend que tu la trouves ! ».Je l’ai dénichée enfin. J’étais troublé tant elle ressemblait au croquis esquissé par Cocteau. J’ai pris des photos. « Où as-tu trouvé ça ? » m’a demandé Cocteau. Je lui expliquai que c’était ce qui restait du country-club du golf de la Boulie occupé par les Allemands, puis pris d’assaut par la Résistance. Alors il m’a dit : « Claude, le chalet que je t’avais dessiné, c’était justement ce country-club du golf de la Boulie où, enfant, je me rendais avec ma mère ! » Et Cocteau trouvait naturel que j’aie déniché ce chalet puisque, selon lui, il m’attendait !

J’ai également adoré Jean Giono. J’ai travaillé avec lui, pendant deux mois, dans son perchoir de Manosque. Quand je lui ai été présenté, il commençait la rédaction du dialogue définitif de « Crésus »(1960). Il écrivait et je faisais le découpage des scènes. Pour la scène du banquet sur la montagne de Lure, il voulait voir des dizaines de corbeaux voler au-dessus des convives. « Ce sera difficile, quasi impossible », lui ai-je expliqué. Et il m’a répondu : « Tu vois, Claude, c’est ça la différence entre la littérature et le cinéma : si j’ai envie qu’Angelo, le hussard, découvre 400 cadavres dans le village décimé par le choléra, j’écris 400. Si j’en veux 4000, je rajoute un zéro ! ». C’était un bonheur de regarder vivre et d’écouter cet homme. Il savait si bien déguster les choses de la vie !

Zone de Texte: «Si j’ai envie qu’Angelo, le hussard, découvre 400 cadavres dans le village décimé par le choléra, j’écris 400. Si j’en veux 4000, je rajoute un zéro. C’est ça la différence entre la littérature et le cinéma. »Propos de Jean GIONO rapportés par Claude PINOTEAUJe dois à Claude Lelouch et à Lino Ventura une de mes plus enrichissantes aventures professionnelles. Le jour où j’ai montré à Claude Lelouch mon court métrage « Iran » (1970), Lino Ventura se trouvait là. Quand la lumière est revenue dans la salle de projection, Lino m’a dit : « J’ai besoin d’un metteur en scène pour mon prochain film, je te prends » L’aventure du « Silencieux », mon premier long métrage allait commencer !

Femmes 3000 - Parmi les actrices que vous avez faites tourner, quelle est celle qui vous a le plus impressionné ? 

Claude Pinoteau --Je suis un romantique.. À l’âge de 14 ans, je suis tombé amoureux de la grâce d’une fillette de 10 ans qui, à Nice, dans la pension de famille où nous logions, dansait en tutu, accompagnée par sa mère qui jouait une valse de Chopin à l’accordéon. Cette petite fille voulait devenir danseuse étoile de l’Opéra. Elle l’est devenue. C’était Josette Amiel.

J’ai toujours investi les visages féminins de tout le romantisme avec lequel je pouvais appréhender la femme, la jeune fille. J’ai été ainsi amoureux fou de Micheline Presle ! 

Mon romantisme, mon rejet de toute violence, ne m’a pas empêché, par deux fois, de gifler une actrice, se souvient-il alors. Mais c’était dans leur intérêt, bien évidemment, ajoute-t-il en riant, avant de se laisser entraîner loin de la question posée par le plaisir de raconter ces deux incidents marquants. Ma première gifle a été pour Martine Carol, lors du tournage, à Tahiti, du « Passager clandestin »(1957) un film de Ralph Habib adapté d’un roman de Simenon. Martine Carole était rapidement devenue populaire à Papeete où les Tahitiens l’appelaient familièrement et en toute gentillesse, « Marmite Casserole ». Lors d’une soirée chez le Gouverneur où elle était très entourée, soirée trop arrosée de toasts portés en son honneur, son comportement s’est trouvé altéré par l’alcool consommé. Un délégué du protocole est venu nous prier d’éloigner discrètement la star dont l’état pouvait nuire à son prestige. Une fois amenée hors de la salle sous un prétexte professionnel puis embarquée dans ma Land-Rover, furieuse, elle m’a martelé de ses poings. Alors, spontanément, je l’ai giflée ! Un geste contraire à ma nature et à mes principes ! Mais, alors, elle s’est pressée contre moi, me gratifiant d’un sensuel baiser de cinéma ! J’étais plutôt décontenancé… Je l’ai conduite jusqu’à son faré où je l’ai lâchement enfermée en l’informant, de l’extérieur, sous l’avalanche de ses imprécations, que sa maquilleuse viendrait la libérer à 7 h.

Ma seconde gifle a été pour Isabelle Adjani. Les servitudes des emplois du temps des acteurs, de groupement des décors en studio, ne permettent pas toujours de travailler dans la continuité du scénario. Ainsi a-t-il été demandé à Isabelle de tourner la scène de larmes isolément de la scène de la gifle qui, logiquement venait avant. Mais elle n’arrivait pas à se mettre en condition. Malgré le silence imposé et l’attente d’une émotion authentique, elle n’arrivait pas à trouver cette détresse profonde qui suit les ruptures avec ceux qu’on aime. Je l’ai entraînée dans le décor représentant la cuisine pour imaginer avec elle ce qui précédait ce plan. Là, elle m’a expliqué que ça l’aurait beaucoup aidé si elle avait reçu la gifle avant cette scène. Elle en reçut une aussitôt ! Mon geste était parti comme par réflexe, sans préméditation ! Je l’ai prise immédiatement dans mes bras, m’excusant de cette réaction instantanée. Elle me répondit que ça allait, qu’elle pouvait tourner. Elle fut parfaite ! Beaucoup de comédiennes feignent le chagrin et utilisent le menthol pour faire venir les larmes. Isabelle avait le souci de profonde sincérité de vivre une scène plutôt que de la jouer, relève-t-il avant de témoigner de sa grande admiration et de sa profonde tendresse tant pour la femme que pour l’actrice qu’est Isabelle Adjani. Une manière en somme de répondre à la question posée !

Zone de Texte: « Je n’ai pas découvert Isabelle Adjani mai,s pour reprendre les propres termes de celle-ci, je l’ai révélée au grand public et au cinéma avec « La Gifle ». Claude PINOTEAUC’est Bernard Toublanc-Michel qui a découvert Isabelle Adjani et lui a offert son premier rôle au cinéma dans « Le Petit Bougnat »(1969), poursuit-il. Elle avait 14 ans. Elle est apparue ensuite dans une série de télévision, « Le Secret des Flamands » de Robert Veley et dans « Faustine et le Bel été » de Nina Companeez. Puis Robert Hossein l’a engagée pour jouer dans « La Maison de Bernarda », de Lorca, à la Maison de la culture de Reims. Elle n’avait pas encore 18 ans quand Raymond Rouleau lui confia le rôle d’Agnès dans « l’École des Femmes ». Je n’ai donc pas découvert cette actrice, mais pour reprendre les propres termes de celle-ci, je l’ai révélée au grand public et au cinéma avec « La Gifle ».

J’ai découvert Isabelle Adjani sur mon écran de télévision, dans « l’École des femmes » montée par Raymond Rouleau, précise-t-il. Au même moment, Jean-Loup Labadie, avec lequel je travaillais sur le scénario de « La Gifle », regardait le même spectacle et éprouvait le même coup de cœur pour cette jeune inconnue, si juste dans le rôle d’Agnès. On était en mai 1973. J’ai réussi, dès le lendemain, à rencontrer son père qui m’a appris qu’elle se reposait en Bretagne et qu’elle ne devait rentrer à Paris qu’à la fin du mois d’août. Mais il a accepté de lui transmettre mon message et deux jours plus tard elle était de retour à Paris et me contactait. Nous avons déjeuné ensemble. Elle m’a enchanté. Nous avons sympathisé. Jean-Loup Dabadie et moi l’avons présentée à Alain Poiré et à Lino Ventura. Elle a été engagée.

Lino Ventura se demandait si le public allait croire à son personnage de professeur d’Histoire-Géo à Louis- le -Grand. Pour apaiser Lino, j’obtins du proviseur de Louis –le- Grand l’autorisation d’assister à des cours d’histoire et de géographie. On se mit au fond de la classe et Lino put se familiariser avec les méthodes et la gestuelle du professeur.

Quant à Isabelle Adjani, qui avait débuté en septembre à la Comédie française, engagée par Pierre Dux, elle y jouait en alternance dans « L’École des Femmes » de Molière, dans « Ondine » de Jean Giraudoux et dans « Port Royal » de Montherlant, performance exceptionnelle pour une débutante. Pendant ce temps avançait le scénario de « La Gifle » que nous avions décidé de tourner durant l’été 1974.

J’avais dit à Isabelle que je comptais aller la voir dans « Port-Royal ». « Si je vous sais dans la salle, je me tromperai dans mon texte », m’avait-elle averti. J’avais cru à une coquetterie de comédienne et confirmé ma venue. Et, ce soir-là, elle se trompa dans son texte. Quand je l’ai retrouvée dans sa loge, elle sanglotait la tête enfouie dans ses bras, bien que, devant son désarroi d’un instant, le public ait applaudit exprimant une unanime sympathie !

Quand est arrivé le jour des essais avant tournage, regardant Isabelle longuement au fond des yeux, l’intelligence, le charme et ce qu’on appelle aussi la présence se lisaient sur son visage et j’ai compris que faire des essais était inutile.

À la fin des trois semaines de tournage en Angleterre, je suggérai à Isabelle, qui avait un peu grossi, qu’il serait bien qu’elle retrouve sa taille de guêpe pour le tournage de la scène du cours de claquettes. Quand je l’ai revue un peu plus tard, elle était si fine et si have que je me suis alarmé !

Isabelle Adjani est une comédienne exceptionnelle. Je ne manque jamais d’aller la voir quand elle joue dans une pièce de théâtre. Nous sommes restés de grands amis. Il y a peu, je lui ai fait envoyer des fleurs et elle m’a répondu : « Sans doute ne me croiras-tu pas, mais j’étais en train de t’écrire quand on a sonné à ma porte : c’était tes fleurs ! »

Pour « La Boum », j’ai vraiment cherché la perle rare ! rapporte-t-il. Nous avons vu près de cinq mille jeunes filles ! Nous nous rendions dans les piscines, sur les cours de tennis, à la sortie des lycées. Nous avons demandé à Claude Bessy l’autorisation de chercher nos interprètes parmi les élèves de l’École de Danse, dont elle était alors la directrice. Nous avons trouvées là, d’ailleurs, nos rôles secondaires. Mais il nous manquait toujours notre interprète principale. On fit savoir par la presse et la radio que nous recevrions les jeunes candidats, filles et garçons, entre 10 et 15 ans, tous les samedis, aux studios de Boulogne. « Écrivez et joignez une photo à votre candidature » avions-nous précisé. Françoise Ménidrey, Directrice de casting, dépouillait chaque matin un important courrier et convoquait ceux dont elle sélectionnait les photos. Cela a duré pendant des mois ! Un véritable travail à la chaîne ! Un jour, encouragée par sa mère, Sophie Maupu, une lycéenne de 13 ans, élève de quatrième d’un lycée de Gentilly, nous a adressé sa candidature. Françoise a sélectionné cette jolie frimousse et l’a convoquée. Elle est venue accompagnée de son père. Devant la foule des candidats, elle et son père sont repartis pour ne revenir qu’en fin de journée. Elle a été la dernière candidate de la journée que Françoise faisait entrer dans mon bureau. Elle se tenait droite, charmante, disponible. Je lui ai expliqué la petite scène qu’elle allait devoir jouer et qu’on allait la laisser apprendre dans une pièce voisine, en compagnie de son père. Elle a donné la réplique à Françoise d’un ton naturel et juste. Son self-control témoignait d’une maturité précoce. Françoise et moi exultions ! Après des mois de recherches, nous venions de trouver la perle dont nous rêvions ! Devenue Sophie Marceau, ce qui lui permettait de ne pas changer d’initiales, Sophie a montré, durant le tournage, des dons innés, restituant la moindre indication, prenant ses places avec aisance, se comportant déjà comme une vraie professionnelle. Néanmoins, pour la protéger, je lui avais expliqué que le tournage serait comme des vacances dans sa vie de lycéenne, une belle expérience probablement sans lendemain, un feu de paille en somme. Je ne voulais pas la voir nourrir des espoirs qui risquaient d’être déçus. Mais Sophie, qui a du caractère, a tout de suite pris goût à ce métier. Et, plus tard, elle m’a fait remarquer avec humour que le feu de paille se prolongeait ! 

Je voue également une grande admiration à l’actrice Léa Massari qui incarne à mes yeux ce que doit être une grande dame du cinéma. Car j’ai eu l’occasion d’apprécier tout ce qu’elle met de valeur humaine et d’élégance dans la gestion de sa carrière d’actrice. Je rêvais d’elle pour le rôle de la femme de Lino Ventura dans « Le Silencieux ».Elle avait une présence si émouvante ! Mais le rôle était très court, ne nécessitant que deux jours de tournage. Trop peu, en principe, pour la grande comédienne qu’elle était. Elle tournait alors aux studios d’Épinay « The Impossible Object » sous la direction de John Frankenheimer. Je me suis rendu à Épinay pour lui parler à l’issue du tournage. Mais elle était pressée, avait un avion pour l’Italie à prendre. Elle a quitté le studio au pas de charge. Je l’ai suivie, me tenant à sa hauteur pour lui dire d’une seule traite : ‘ « Bonsoir- madame- mon nom- est- Claude- Pinoteau- je- suis- premier- assistant- et- je- vais commencer- mon- premier- film- comme- metteur- en- scène- avec- Lino- Ventura.-Je- rêve- de- vous- pour- le- rôle- de- sa- femme… » Elle m’a interrompu pour me dire avec son délicieux accent italien : « Écoutez, j’ai beaucoup de sympathie pour les jeunes réalisateurs et les premiers films, mais, là, je suis très pressée et j’ai des contrats jusqu’en 1974. Alors, je suis désolée, mais pensez à quelqu’un d’autre. Merci.’ 

Devant la régie attendait une DS noire. Reconnaissant un chauffeur de la production, je lui ai demandé si c’était lui qui devait emmener Léa Massari à Orly. C’était lui. À l’instant où je m’asseyais à l’arrière, Léa Massari arrivait. « Qu’est-ce que vous faites là ?- Je peux aller à Orly avec vous ?- Vous prenez l’avion, vous aussi ?- Non, ma voiture est ici. Permettez-moi de vous accompagner ». Trop pressée pour discuter, Léa Massari s’est engouffrée dans la voiture qui a démarré sur les chapeaux de roues. Mais sur le périphérique, un orage d’une violence rare a obligé la voiture à s’arrêter ! [NDLR : la roue de la chance sur le tricycle de la carrière de notre invité !]

Quand la circulation a repris, Léa Massari avait accepté le rôle. Et l’orage ayant également retardé le vol Alitalia, elle a pu s’envoler à temps ! Après le tournage, elle me dira : qu’elle n’aurait jamais pensé qu’un rôle aussi court eut pu lui apporter autant en termes de satisfaction, d’estime et de bonnes critiques. 

Femmes 3000 - Quel directeur d’acteur êtes-vous ?

Claude Pinoteau – Je travaille beaucoup en amont avec les acteurs. J’expose aux acteurs principaux la manière dont je vais tourner le film, puis, je leur donne à lire le scénario avant que nous n’en refassions ensemble une lecture tranquille. Sur mon scénario, tout est indiqué, écrit, même les points de suspension. Je n’ai jamais passé moins d’un an sur un scénario et ce en y travaillant jour après jour !

Avant le tournage, sur le plateau, je leur donne des indications y compris des indications techniques telles que : « On commence à cette phrase, on s’arrêtera après celle-là ». Il faut qu’avant de commencer à tourner, nous soyons devenus complices, mes acteurs et moi. Alors, je peux leur dire : « Maintenant, surprenez-moi ! ». J’ai besoin que l’acteur cherche et trouve au plus profond de lui-même quelque chose qui surprenne le metteur en scène. Ce qui se produit spontanément avec les grands acteurs. Ainsi, je n’ai jamais eu le moindre conseil à donner dans ce sens à Isabelle Huppert lors du tournage des « Palmes de M. Schutz »(1997).

Il n’en a pas été de même avec Yves Montand sur le tournage du « Grand Escogriffe »(1976). Le personnage enchantait l’acteur. Mais après quelques jours de tournage, regardant les rushes, je trouvai le jeu d’Yves excessif. Je le lui ai dit. Il a paru surpris. On a recommencé. Il a refait la même chose. On a recommencé encore. Il a refait encore la même chose ! Je lui ai expliqué qu’en gros plan, ses yeux étaient trop exorbités, l’expression de son visage trop marquée. « Mais qu’est-ce que tu veux ?, s’est-il emporté ! Tu veux que je fasse comme Gabin, la tête de veau qui sort du frigidaire !» Yves avait l’habitude de se diriger seul dans ses one-man shows et il voulait faire son one-man-show devant la caméra. J’ai néanmoins conservé de bonnes relations avec lui, mais hors plateau de tournage !

Femmes 3000 -   Qu’est-ce qu’un bon acteur, selon vous ?

Zone de Texte: On a reproché, un jour, à Philippe Noiret de ne faire que du Philippe Noiret : « Oui, mais c’est moi qui le fais le mieux ! »a répliqué Philippe Noiret. Anecdote rapportée par Claude PINOTEAUClaude Pinoteau - On a reproché un jour à Philippe Noiret de « faire du Noiret ». « Oui, mais c’est moi que le fais le mieux » a-t-il répondu. Les grands acteurs, tant hommes que femmes, sont de forts tempéraments. Qu’un grand acteur pénètre dans une pièce vide et celle-ci se trouve meublée d’un coup ! Ils possèdent une présence prodigieuse ! Et un regard qui s’impose à tout coup. Le regard est très important. Un regard fort, même s’il est perçu comme une agression, est essentiel. Jean Gabin, Lino Ventura, Isabelle Adjani, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, tous ces acteurs possèdent cette force qui ne relève pas du métier mais de la personne. Lino Ventura disait : « Je ne me vois pas à la Comédie Française. J’ai besoin de rôles dans lesquels je me sente bien ».

Un acteur qui ne possède pas cette force peut néanmoins faire une grande carrière, mais c’est cette force que je recherche en tant que metteur en scène.

Femmes 3000 – La réalisation de courts métrages est-elle un bon moyen de se former à la pratique de la mise en scène ?

Zone de Texte: « Un grand acteur, tant homme que femme, possède une présence prodigieuse et un regard qui s’impose à tout coup. Cette force ne relève pas du métier mais, de la personne ».Claude PINOTEAUClaude Pinoteau - C’est un moyen. Parce qu’on peut réaliser un court-métrage avec peu d’argent. À condition d’avoir des choses à dire ! Car l’essentiel est l’histoire, le scénario. La mise en scène est moins importante dans un court-métrage. Il faut que l’histoire émeuve, marque, apporte quelque chose.

Femmes 3000 – Que pensez-vous de la formation des cinéastes par la FEMIS ?(École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, accessible sur concours à bac+2, fondée en 1986 en remplacement de l’HIDEC)

Claude Pinoteau - Je ne suis jamais allé à la FEMIS, je n’en ai jamais eu l’occasion. Jean-Claude Carrière, avec lequel j’ai tourné un film, en a été l’un des fondateurs. Je ne peux rien dire de plus d’une institution que je ne connais pas, si ce n’est qu’elle existe et qu’il est bien qu’elle existe.

Femmes 3000 - Aujourd’hui, un jeune peut-il aisément envisager une carrière comparable à la vôtre ?

Claude Pinoteau -  Autrefois, pour avoir sa carte de metteur-en-scène, il fallait participer à neuf films avec la fonction de stagiaire metteur en scène dans trois films, de deuxième assistant dans trois autres et de premier assistant dans encore trois autres. On obtenait sa carte pour le dixième film auquel on participait.  Cette règle a cessé d’être appliquée à partir de 1968, ce qui a amené un foisonnement de candidats réalisateurs pas toujours préparés à ce métier. De plus, en France, on ne tourne que 200 à 250 films par an. D’où une grande difficulté à exister, à se faire connaître, pour ces jeunes qui, trop souvent, végètent dans une intermittence précaire. Personnellement, je faisais un film tout les deux ans, donnant ainsi sa chance tous les deux ans à un stagiaire.

Femmes 3000 – Envisagez-vous de tourner encore ?

Claude Pinoteau – Je ne veux entreprendre que des choses que je puisse faire bien. Or, je n’ai plus assez d’énergie pour tenir un plateau de tournage. Je ne me sens plus capable d’assumer cela. Je suis en fin de carrière. Je butine de présidence de jury en présidence de jury. Je participe à des ateliers avec des étudiants qui font des films. Je donne beaucoup de conférences. Et je suis en train d’écrire un scénario avec la fille de Jean Gabin, Florence, qui se prépare à tourner… Si elle entendait cette énumération, ma femme dirait sûrement que j’ai encore oublié de mentionner telle et telle de mes activités… Je suis également membre du Comité exécutif de la Fondation de France pour la sélection de films à visée sociale.

Monique RAIKOVIC

 



[1] « Merci la Vie » Aventures Cinématographiques, éditions du Cherche Midi (2005)

Réédition par Ramsay-poche-cinéma en format poche (2007)

 

[2] « Derrière la caméra avec Jean Cocteau », éditions Horizon illimité (2003), préface de Jean-Loup Dabadie.



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