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02/05/2013

Le rôle du soutien du conjoint dans l’aventure entrepreneuriale des femmes. le point de vue de Stéphanie Chasserio & Corinne Poroli, SKEMA Business School et de Typhaine Lebègue, France Business School

Auteures : Stéphanie Chasserio, SKEMA Business School (email); Corinne Poroli, SKEMA Business School (email) ; Typhaine Lebègue, France Business School (email)

Pour comprendre le processus entrepreneurial, il faut considérer l’entrepreneur dans son contexte immédiat et dans toutes ses dimensions, autant professionnelle que privée. La sphère privée, le contexte familial de l’entrepreneur, vont jouer un rôle clef (allant du positif au négatif) dans la création et le développement de l’entreprise.

Le soutien du conjoint est clairement identifié comme un facteur clef de succès. Mais, force est de constater que dans les recherches, il s’agit le plus souvent d’une conjointe féminine qui soutient un homme entrepreneur. Le soutien du conjoint masculin à une femme entrepreneure reste peu exploré.

Cet article traite du support perçu du conjoint par des femmes entrepreneures françaises.

Nous nous intéressons plus particulièrement à:

- Comment le soutien perçu du conjoint influe tout au long du processus entrepreneurial des femmes entrepreneures ?

- Comment les activités entrepreneuriales des femmes entrepreneures interfèrent dans leurs relations de couples et vice-versa ?

- Et enfin, comment ces interactions complexes et dynamiques remettent en cause la structure sociale en questionnant les rapports traditionnels entre les femmes et les hommes et amènent donc ces femmes entrepreneurs à se questionner, ou pas, sur leurs rôles sociaux de sexe ?

1. Le soutien social du conjoint comme un facteur clef dans le processus entrepreneurial

 

1.1. Le soutien du conjoint dans l’aventure entrepreneuriale

Les individus obtiennent du soutien social de la part d’autres individus dans les réseaux sociaux informels, dans leur famille ou encore dans leurs espaces professionnels, en fait partout où ils peuvent être en interactions avec d’autres.

Des recherches se sont intéressées en particulier aux facteurs liés à la sphère privée et familiale de l’entrepreneur afin de comprendre si certaines caractéristiques ne pouvaient pas expliquer les réussites et les échecs observés. Le rôle de soutien social du conjoint apparaît comme déterminant. Ainsi, les conjoints peuvent mettre leurs connaissances, compétences et expertises techniques au service du projet entrepreneurial de leur conjoint. Ils peuvent donner accès à des réseaux professionnels utiles pour le développement de la carrière et ainsi contribuer à la constitution du capital social de l’entrepreneur (Ozcan, 2011). Les effets du support social du conjoint se manifestent à toutes les étapes du processus entrepreneurial; de l’identification de l’opportunité d’affaires, à la création et au développement de l’activité.


1.2. Les différentes modalités de support apporté par le conjoint

 Le soutien instrumental réfère aux comportements qui vont apporter une aide directe et concrète à l’entrepreneur. Ils peuvent être liés à l’activité entrepreneuriale et prendre la forme de compétences professionnelles mises au service de l’entrepreneur (réalisation de documents professionnels, par exemple). Le soutien instrumental peut aussi avoir lieu dans la sphère privée et domestique quand le conjoint va davantage prendre en charge les enfants ou les tâches ménagères. Il peut aussi prendre la forme d’aides financières en contribuant directement au financement de l’entreprise. Mais cette aide financière peut aussi être considérée quand le conjoint, par son activité salariée, assure un revenu stable au couple et offre ainsi une relative garantie de revenus quand l’activité entrepreneuriale est en démarrage et ne dégage pas encore de revenus, par exemple.

 Le soutien émotionnel, quant à lui, fait référence à l’écoute et l’intérêt que le conjoint va manifester à l’entrepreneur. Il joue un rôle clef dans la confiance que celui-ci va acquérir en lui-même et dans la valeur de son projet. De même, de nombreux auteurs insistent sur la très grande valeur ajoutée de ces pillow talks où, de façon informelle et dans l’intimité du couple, l’entrepreneur va pouvoir parler des difficultés, de ses inquiétudes ou encore des potentielles opportunités d’affaires qu’il pressent.

 Si le soutien perçu du conjoint apparaît essentiel pour accompagner le projet de l’entrepreneur, regardons maintenant plus particulièrement le cas, encore peu étudié, où l’entrepreneur est une femme et examinons le support qu’elle peut attendre de son conjoint.

2. La question du soutien des conjoints aux femmes entrepreneures

2.1. La nécessaire prise en compte du genre pour appréhender le rôle du soutien du conjoint en entrepreneuriat

Dans le cas des entrepreneurs, comme indiqué précédemment, le soutien du conjoint influe sur la conduite du projet entrepreneurial.

Néanmoins, un élément surprenant apparaît lorsqu’on lit sur le sujet du support du conjoint, c’est que, le plus souvent, les études ne prennent pas en compte le sexe de leurs répondants, étant postulé qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, il n’y a pas à faire la distinction. Le focus se fait sur l’entité “couple”, la relation entre conjoints, sans qu’il soit pour autant introduit dans la relation les différences liées au sexe et au genre.

Pourtant, les rôles sociaux dévolus aux femmes et aux hommes sont loin d’être identiques et neutres. Bien au contraire, les rôles dans nos sociétés sont marqués par le genre. Ceci se vérifie également dans le champ de l’entrepreneuriat.

2.2. Le support du conjoint aux femmes : des résultats souvent contradictoires

Les études menées sur les conjointes féminines des entrepreneurs masculins montrent que celles-ci jouent un rôle majeur dans le développement de l’entreprise. Elles assurent notamment de lourdes tâches administratives mais, n’obtiennent pas toujours de statut à l’intérieur de l’entreprise, ce qui peut contribuer à les rendre invisibles.

 Les études sur les conjoints des femmes entrepreneures sont en revanche beaucoup plus rares. Selon Stevenson (1986), les femmes entrepreneures sont très influencées dans leur carrière par leur conjoint et leur famille. En effet, après avoir mené une étude auprès de 1 000 chefs d’entreprises aux Etats-Unis, Stevenson observait que 90 % des femmes affirmaient avoir besoin du soutien (particulièrement du soutien émotionnel) de leur mari et de leur famille.

Parmi les études, certaines soulignent que les créatrices ne trouvent pas toujours le soutien attendu chez celui qui partage leur vie. D’autres montrent les conséquences du soutien sur le projet et sur le démarrage de l’entreprise. Le conjoint et son support apparaissent alors comme un élément clef pour les femmes entrepreneures.

 Le support du conjoint ne peut être traité sans évoquer la nature de la relation de couple. De même, on ne peut mentionner la question du soutien du conjoint dans un contexte entrepreneurial sans mentionner les effets sur le couple de ce même contexte. En effet, les interactions entre les deux personnes de cette dyade vont construire la relation du couple, la renforcer ou bien au contraire l’affaiblir, en fonction des évènements que ces deux personnes vont affronter. Ces évènements peuvent être d’ordre privé (l’arrivée d’enfants par exemple) ou bien liés à l’entreprise (le développement de l’activité ou au contraire des difficultés économiques). Plusieurs recherches soulignent bien à quel point l’aventure entrepreneuriale éprouve le couple dans son fonctionnement. Ainsi, les questions financières, les longues heures de travail, la très forte demande d’implication dans la vie de l’entreprise (surtout au moment du démarrage) sont autant de champs de tensions et de possibles frictions pour le couple. Ces évènements vont également influer sur le soutien que le conjoint apporte à l’entrepreneur.

 

Méthodologie

Nous avons mené deux études qualitatives différentes en France.

La première repose sur une étude longitudinale dans laquelle dix femmes entrepreneures ont été interrogées pendant une période de quatre années, ce qui a conduit à 36 interviews. Nous avons interrogé les entrepreneures sur leurs perceptions quant à l’attitude de leur conjoint au moment de la création, puis des questions étaient posées sur le soutien du conjoint et enfin nous abordions assez naturellement la question des rôles à l’intérieur du couple.

La seconde se base sur 41 interviews en profondeur de femmes entrepreneures dans des secteurs d’activités diversifiés (commerce de détail, services aux particuliers et aux entreprises, industrie).

Au cours de cet entretien, dans lequel les répondantes avaient beaucoup de liberté pour raconter les épisodes les plus marquants de leur vie entrepreneuriale, plusieurs questions amenaient les répondantes à aborder leurs relations avec leur conjoint.

Le matériel empirique des deux études a fait l’objet d’une analyse thématique. L’utilisation du logiciel d’analyse de données qualitatives, NVivo8, a permis d’automatiser le traitement des données et de gagner en rigueur d’analyse. Les données ainsi récoltées nous permettent de comprendre comment se manifeste le soutien perçu du conjoint par les entrepreneures et comment elles perçoivent son évolution dans le temps.

 

Nos résultats

1. Formes et évolution du soutien instrumental : le décalage du support instrumental entre la sphère professionnelle et la sphère familiale

 

Dans nos témoignages, nous avons pu identifier les différents types de soutien instrumental apporté par le conjoint dans la sphère professionnelle de nos répondantes.

 Ainsi, les conjoints vont apporter leur expertise technique et professionnelle en réalisant des tâches pour aider leur femme dans son entreprise. Cette aide peut prendre la forme de réalisation de documents administratifs, de tableaux de bord de gestion, ou encore d’aménagement du local.

Le soutien du conjoint peut également se manifester dans la construction du capital social de l’entrepreneure, en étant, par exemple, présent à des évènements publics aux côtés de l’entrepreneure et en tant que conjoint. Ce type de support est intéressant car il marque l’acceptation publique du conjoint d’un véritable renversement des rôles sociaux traditionnels où c’est homme qui habituellement occupe le devant de la scène. Ce type de soutien est relativement peu fréquent dans notre échantillon.

La situation inverse peut s’observer. En effet pour certains, il est difficile d’être “le mari de”.

Le soutien instrumental peut également se dérouler dans la sphère privée et familiale. La participation du conjoint va alors concerner l’aide apportée en ce qui concerne les tâches domestiques (éducation des enfants, activités ménagères telles que la préparation des repas ou le ménage).

Pourtant, force est de constater que l’entrée en entrepreneuriat de ces femmes ne se traduit pas automatiquement par une redistribution des tâches. Pour certaines, elles sont davantage dans une situation de cumul des tâches et des rôles.

Par conséquent, la répartition inégale des tâches domestiques et familiales a un impact direct sur le temps que les créatrices pourront consacrer à leur entreprise.

Dans certains cas, ces femmes vont le déplorer et se plaindre de ce manque d’implication de leur conjoint dans la sphère domestique. Mais d’autres ont une attitude plus ambiguë. En effet pour certaines, il apparaît très important que, malgré une position sociale qualifiée de masculine, soit chef d’entreprise/entrepreneure, elles puissent continuer à être une femme “comme les autres “ et à assumer ce qu’elles considèrent comme normal et naturel, à savoir leurs rôles traditionnels de mère et d’épouse.

 

2. Formes et évolution du soutien émotionnel 

La reconnaissance au travers du regard du conjoint

Le soutien émotionnel du conjoint apparaît pour beaucoup comme un facteur clef qui les a fait se lancer dans l’aventure entrepreneuriale.

A travers les encouragements et la confiance véhiculés par les conjoints, les entrepreneures acquièrent une plus grande assurance et persévèrent davantage. Plusieurs créatrices ont également exprimé l’idée qu’elles n’auraient pas poursuivi dans leur carrière entrepreneuriale si leur conjoint n’avait pas manifesté un soutien moral important. Ce soutien peut donc se révéler essentiel pour la poursuite de l’entreprise.

De plus, à travers le soutien émotionnel qu’il apporte, le partenaire intervient dans la construction de la structure identitaire de la créatrice en tant qu’entrepreneure.

La discussion et l’échange, des moments précieux pour les FCE

Par ailleurs, les entrepreneures perçoivent de façon très positive la possibilité qu’elles ont d’échanger avec leur conjoint sur la vie de leur entreprise, pour obtenir un avis, un conseil, un regard extérieur.

Ces moments de discussion sont très régulièrement évoqués par nos répondantes comme étant importants. Ils peuvent porter sur des aspects de gestion quotidienne comme sur des aspects stratégiques. Ces moments visent à la fois à partager leur expérience entrepreneuriale et, dans une certaine mesure, faire comprendre à leur conjoint ce qu’elle vive. Elles visent ainsi à l’inclure dans leur sphère entrepreneuriale. Ces moments, également appelés “pillow talk” dans la littérature, contribuent à une meilleure compréhension entre les conjoints sur les obligations de chacun, et donc à diminuer les potentielles tensions.

Le caractère évolutif du soutien à travers le développement du projet

Si au moment du lancement le partenaire peut se montrer enthousiaste face au projet, l’épreuve du temps et des difficultés peut venir émousser ce soutien émotionnel au cours du développement du projet entrepreneurial. Les possibles tensions générées par les demandes de la vie entrepreneuriale sur la vie familiale et sur la vie de couple vont avoir pour conséquence un moindre soutien, voire une attitude négative du conjoint quant au projet entrepreneuriale de sa conjointe.

Par ailleurs, il semblerait qu’au fil du temps, certaines femmes entrepreneures voyant leur projet se développer, tendent aussi à “protéger” leur conjoint et leur vie de couple, en sollicitant de moins en moins son soutien.

Certaines entrepreneures parviennent, quant à elles, à obtenir le soutien de leur conjoint au fur et à mesure du développement de leur entreprise. Certains conjoints, peu intéressés au départ par l’aventure entrepreneuriale de leur femme, commencent à la soutenir et à s’investir davantage dans le projet quand ce dernier prend tournure.

 

A travers les témoignages, il apparaît nettement que le soutien du conjoint à la femme entrepreneure n’est pas figé; mais au contraire, qu’il est dynamique et peut évoluer, dans un sens ou dans un autre, tout au long du processus entrepreneurial. Pour autant, ce soutien est primordial; en ce sens où il contribue à accroître la confiance en soi, le sentiment de légitimité des femmes entrepreneures à travers le regard de leur conjoint. Il participe à la construction de soi et à la reconnaissance de soi comme entrepreneure, de ces femmes. Par conséquent, il contribue, d’une certaine manière, au développement de leur processus entrepreneurial.

 

3. Quand l’entrepreneuriat génère indifférence et frictions...

La posture d’indifférence et son interprétation par la femme entrepreneure

Certaines expliquent ne pas avoir bénéficié du soutien de leur conjoint, mais elles vont tenter de minimiser les effets de ce manque de soutien. Un exemple frappant est celui d’une entrepreneure interrogée à différentes étapes du processus entrepreneurial. Au moment de la création, Flore relate sa situation compliquée avec son époux qui ne paraît pas vouloir l’aider. Après quelques mois, lors du deuxième entretien, la créatrice observe que son conjoint fait désormais preuve d’une sorte « d’indifférence bienveillante ».

Ainsi, si le conjoint, dans les faits, n’apporte aucun soutien réel, l’entrepreneure peut y percevoir cependant une sorte de soutien, au sens où cette absence de soutien l’a conduite à se débrouiller toute seule et à apprendre par elle-même.

Il est intéressant de replacer ce témoignage dans le contexte culturel français, dans lequel, nombre de femmes entrepreneures s’estiment déjà très chanceuses que leur conjoint les laisse créer leur propre entreprise.

Une telle attitude ne doit pas cependant occulter les tensions qui peuvent venir entraver le processus entrepreneurial.

Les sources de frictions et leurs conséquences

La méconnaissance de ce qu’implique l’aventure entrepreneuriale, peut générer d’importantes frictions et incompréhensions entre les conjoints dont les attentes ne coïncident plus. Le soutien apporté par les conjoints peut ainsi être amoindri, voire remis en question par les peurs et les interrogations liées notamment aux finances. Ces doutes ne seront pas sans conséquence sur les entrepreneures et peut contribuer à générer du stress.

Une autre source de friction récurrente est l’empiètement du temps consacré à l’entreprise sur le temps de la vie de famille. Ceci vient perturber la routine familiale établie et génère des tensions au sein du couple.

De même, des évènements liés à la vie de l’entreprise viennent perturber la vie familiale et peut créer chez le conjoint un certain ressentiment envers l’entreprise.

Ces situations vont contribuer à un possible désengagement du conjoint dans le support qu’il peut accorder à l’entrepreneure. En effet, il peut estimer que la part de l’entreprise dans la vie familiale commence à avoir des impacts trop lourds, soit en termes de temps passé soit en termes financier, l’entreprise ne dégageant pas suffisamment de chiffre d’affaires. Il peut donc manifester sa réprobation par un moindre soutien. Ceci bien entendu aura des conséquences sur le processus entrepreneurial comme le développement de l’entreprise, par exemple, les entrepreneures pouvant décider de freiner leur investissement financier ou temporel dans l’entreprise. Ces tensions semblent d’autant plus fortes lorsque le couple s’est constitué sur la base de normes traditionnelles quant à la répartition des tâches. L’activité entrepreneuriale des femmes vient ici challenger les rapports de sexes classiques au sein du couple.

 

Quand l’entrepreneuriat des femmes vient modifier l’équilibre du couple

 

Le choix de se lancer en entrepreneuriat n’est pas anodin, c’est un premier pas vers une voie qui sort des sentiers traditionnellement réservés pour les femmes. On l’a vu précédemment l’entrepreneuriat reste fortement marqué par des normes masculines.

Le choix d’une carrière entrepreneuriale peut ainsi être perçu par les conjoints comme un désir de changement et peut-être une menace sur l’avenir du couple.

Le projet entrepreneurial va donc venir modifier le quotidien du couple. Ce dernier devra se rééquilibrer avec plus ou moins de difficultés au gré des étapes de développement de l’activité. Cette transformation, plus ou moins acceptable pour le partenaire, peut parfois conduire jusqu’à des séparations quand les bouleversements dans les rôles et les attentes de chacun sont désormais trop éloignées.

 

Mais cette transformation peut aussi se révéler très positive pour le couple. Ainsi, l’entrepreneuriat peut permettre à la femme de prendre une place plus égalitaire au sein du couple. Les entrepreneures interrogées témoignent notamment des répercussions de leur nouveau rôle professionnel sur leur mise en confiance, un processus qui leur permet donc de s’affirmer davantage au sein de la structure conjugale.

Il apparaît donc que si la structure des relations de couple peut impacter le processus entrepreneurial, ce dernier peut également contribuer à rétablir un certain équilibre au sein du couple. Pour ces femmes entrepreneures, sphère professionnelle et sphère privée sont donc en interdépendance forte. L’entrepreneuriat de ces femmes ne pourrait être analysé pleinement, sans tenir compte de cette dynamique complexe.

 

Conclusion

 

La carrière entrepreneuriale est jalonnée d’obstacles et le conjoint qui la soutient, peut représenter un véritable allié et un atout de taille pour son développement. Mais, le conjoint peut aussi être porteur d’une épreuve supplémentaire et rude pour l’entrepreneure et son entreprise.

Ce que l’on observe est que le soutien du conjoint est complexe et ne se manifeste pas toujours dans toutes les sphères. Certains conjoints peuvent en effet apporter un soutien émotionnel important mais dans le même temps ne pas être très aidants en ce qui concerne l’aide opérationnelle à la vie de l’entreprise ou de la maison. De plus, si les conjoints sont soutenant, ils peuvent néanmoins manifester des peurs liées à l’indépendance professionnelle/personnelle de l’entrepreneure ou encore des doutes sur la situation financière. Ainsi, les entrepreneures sont confrontées à ces situations qui sont aussi parfois sources de tensions pour elles.

 

Nos résultats permettent de rendre compte de la grande variabilité tant dans le temps que dans la forme du soutien social du conjoint. Ce soutien apparaît fondamental tout au long du processus entrepreneurial, du démarrage jusqu’au développement de l’entreprise. Ce soutien est ainsi une nécessité pratique pour la femme entrepreneure pour réussir à mener de front toutes ses obligations. Si elle n’en bénéficie pas, cela peut avoir des conséquences préjudiciables sur le développement de son entreprise (croissance moins rapide, opportunités de développement manquées). De plus, le soutien du conjoint est clairement indiqué par nos répondantes comme un facteur clef du processus de construction de leur confiance en elles-mêmes en tant qu’entrepreneures.

Le soutien social du conjoint envers une femme entrepreneure, dans ses diverses formes vient également questionner la définition traditionnelle des rôles sociaux de sexe au sein du couple.

En la matière nos résultats indiquent une grande variété des postures au sein des couples. Dans certains cas, les rôles sociaux de sexe sont peu ou pas modifiés, la femme entrepreneure cumulant ses rôles traditionnels de mère et d’épouse en même temps que son rôle d’entrepreneure. Mais dans d’autres cas, nous avons pu observer un partage des rôles différents des configurations traditionnelles, mais ces couples sont décrits par les entrepreneures elles-mêmes comme fonctionnant depuis leur formation sur une base égalitaire. Leur entrée en entrepreneuriat s’est fait avec de moindres difficultés, le partage des tâches domestiques, par exemple étant déjà pratiquée au sein du couple. Ceci a pour effet de faciliter le processus entrepreneurial.

Il importe de mettre nos résultats en perspective avec le contexte culturel français, dans lequel il existe encore un fort enracinement traditionnel des rôles sociaux de sexe dans les mœurs et dans les représentations, que s’en font les homme, mais aussi les femmes. A travers notre analyse, nous avons pu montrer que l’entrée en entrepreneuriat ne remet pas systématiquement en cause les rôles traditionnels assumés par ces femmes au sein de la sphère familiale. Ainsi, certaines vont persister à assumer l’ensemble des rôles socialement attendus quand bien même ces derniers sont parfois difficilement conciliables (être une chef d’entreprise performante et une mère et épouse parfaite, selon les normes sociales). D’autres, avec le soutien social de leur conjoint, vont davantage redéfinir les contours et le contenu des différents rôles. La femme entrepreneure et son conjoint, par leurs arrangements viennent ainsi challenger les représentations traditionnelles des rapports sociaux de sexe au sein du couple et par là même, requestionner les normes sociales traditionnellement admises dans nos sociétés.

 

Commentaires

Etude très intéressante qui me sera très utile dans la mises à jour de mes ateliers " préserver son équilibre de vie" dédiés aux femmes entrepreneures.
En effet, à travers les groupes que j'ai pu questionner, le soutien familial apparaît comme un des facteurs protecteurs les plus important, les sollicitations extérieures notamment au sein de la sphère familiale ( enfant, conjoint...) comme le facteur de risque le plus important.
On voit bien la place central qu'occupe pour les femmes les relations avec le conjoint dans l'aventure entrepreneuriale...

Écrit par : DAVID COSME VIRGINIE | 14/07/2013

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