Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18/12/2013

Compte-rendu du Café de Flore de Femmes 3000 du 02/10/2012 : Saïda DOUKI DEDIEU, Professeure émérite de Psychiatrie. L'égalité entre les genres : un enjeu de santé, de développement et de démocratie

Ce compte-rendu a été rédigé par Monique Raikovic (email)

Télécharger le compte-rendu en pdf

Saïda 1.jpgProfesseure émérite de Psychiatrie à la faculté de Médecine de Tunis, forte de toute une vie professionnelle d’observation des souffrances des individus aux prises avec des traditions sclérosées et, surtout, non conformes au message du Coran, cette Tunisienne n’a pas attendu la Révolution du jasmin pour démontrer combien étaient fragiles les acquis garantis par les lois de l’ère Bourguiba. Elle est venue nous dire son inquiétude pour l’avenir des femmes mais aussi des hommes de son pays. Un message plus que jamais d’actualité en cette rentrée 2013. 

Femmes 3000 doit à la journaliste Agnès de Préville, d’avoir pu recevoir au Café de Flore le Professeur Saïda Douki Dedieu. Et, d’emblée, cette journaliste a mis l’accent sur le charisme de son amie tunisienne en ces termes: « À Carthage, lors d’un congrès consacré aux femmes et à la Révolution tunisienne, les organisateurs t’ont présentée en ces termes : ‘Saïda a l’art d’aimer et d’être aimée’ ». Puis elle s’est faite sa présentatrice : « Tu partages ta vie entre Tunis où tu as gardé un pied dans le service hospitalier que tu as longtemps dirigé et Lyon où tu résides le reste du temps et occupes une charge d’enseignement à la faculté de Médecine. Tu as fondé la Société psychiatrique tunisienne et occupé d’autres importantes fonctions dans le secteur de la Psychiatrie en Tunisie. Enfin, et avant tout, comme tu le soulignes volontiers, tu es une ‘fille de Bourguiba’. Outre que tu es, comme lui, originaire de Monastir, tu as pu bénéficier du statut des femmes voulu par lui et institué sous sa Présidence ». 

« La Tunisie sort de vingt-quatre années de dictature, a ajouté Agnès de Préville. Elle fait figure, aujourd’hui, de laboratoire de démocratie. On en suit les événements avec espoir et inquiétude. »

C’était il y a un an.


Si l’espoir perdure, l’inquiétude quant à elle, ne cesse de croître aujourd’hui. C’est pourquoi les propos de Saïda Douki Dedieu doivent être écoutés avec attention même s’ils crissent  sur notre raison comme un ongle sur une vitre, douloureusement. Car notre invitée nous contraint à admettre qu’en matière de statut des femmes, il existe également un décalage entre la loi et les mentalités  dans les pays de culture judéo-chrétienne, donc en Occident.  Elle voit dans l’exemple des pays islamiques, un cas extrême, qui « fait effet de miroir grossissant».

Cette formule figure dans l’introduction même de son livre « Les Femmes et la Discrimination – Dépression, Religion, Société[1]»,  aboutissement de dix années de travail de documentation, d’observations et de réflexion.   À l’appui de son propos, elle mentionne cette observation de Stéphanie Arc dans un article consacré au « Long chemin vers l’égalité » des femmes occidentales, paru dans un numéro du Journal du CNRS, en 2010 : « Si, par leurs luttes, les femmes ont, dans nos sociétés, fini par conquérir une égalité de droits avec les hommes, les inégalités perdurent dans les faits.»  Elle nous rappelle également la mise en garde d’Élisabeth Badinter « contre la ‘ révolution silencieuse’  qui, au nom du naturalisme, vise, depuis les années 1980, à ‘remettre la maternité au cœur du destin féminin’ », ce brutal coup de frein donné à la marche vers l’égalité apparaissant à Élisabeth Badinter « comme l’effet conjugué de la crise économique et d’une crise identitaire ‘sans précédent dans l’histoire de l’humanité’ ».Enfin, sans doute convaincue de la tranquillité d’esprit de ses lectrices occidentales qui ne se sentent ni menacées, ni concernées,  Saïda Douki Dedieu insiste :. « Il ne faut jamais croire, même dans les sociétés démocratiques, qu’il est des acquis ‘rangés une fois pour toutes dans les coffres-forts de la République’ », citant, cette  fois, la sociologue Martine Fournier.

Difficile de faire du neuf avec du vieux !

De vive voix,  le Professeur Saïda Douki Dedieu s’est présentée à nous comme « un médecin qui avait choisi de se spécialiser en Psychiatrie pour comprendre l’être humain ». Or, de retour en Tunisie pour y exercer sa spécialité, elle s’est trouvée confrontée à un décalage entre une réalité sociale encore profondément imprégnée de valeurs traditionnelles et une législation émancipatrice dont les textes n’étaient pas appliqués, « l’évolution des mentalités n’ayant pas, tant s’en faut, accompagné la révolution que le législateur avait édictée ». Néanmoins, même peu ou pas appliquée, cette législation émancipatrice, du fait même de son existence, ouvrait une brèche où pouvait s’engouffrer l’espoir d’une évolution des dites mentalités et une attente,  notamment chez les jeunes femmes désireuses d’accéder à une solide instruction, nous a-t-elle expliqué.  Mais « Ce que l’on ôte aux abus, découvre ce qu’il en reste », a-t-elle ajouté, paraphrasant Tocqueville… D’où l’émergence de conflits d’un type nouveau dans les relations familiales mais aussi à l’intérieur de la psyché des personnes. « Je me suis trouvée confrontée, chez les femmes, à nombre de conduites de rupture psycho-pathologiques qui s’inscrivaient dans le décalage entre la Loi et les pratiques, a-t-elle expliqué.  J’en suis venue à m’occuper préférentiellement de la santé mentale des femmes de mon pays. Ce qui m’a amenée à défendre la reconnaissance de l’égalité de droit entre les femmes et les hommes au nom de la Santé.  D’ailleurs, mon livre aurait pu avoir pour titre : ‘La Santé mentale à l’épreuve de la condition féminine’. Car c’est la corrélation entre ces deux éléments qui constitue le fil conducteur de ma démonstration. Je délivre ce message partout où il m’est donné de pouvoir m’exprimer. Je veux vous démontrer que l’égalité entre les genres n’est pas seulement un enjeu de société mais est aussi une question de santé mentale ! »

Et ce, non exclusivement en Tunisie ! Ne perdons jamais de vue cet avertissement de Saïda Douki Dedieu, médecin psychiatre et citoyenne tunisienne engagée dans la lutte pour les droits des femmes tunisiennes, parce que, médecin psychiatre et Tunisienne musulmane, justement : une société, aussi évoluée soit-elle, reste un organisme susceptible de chercher refuge dans ses traditions quand elle se sent, se croit, menacée. Certaines des fissures qui lézardent  l’édifice Europe, aujourd’hui,  ne sont-elles pas des signes avant-coureurs de ce type de régression ?

Une marche arrière en guise de bond en avant.

Revenant sur la Révolution du jasmin, elle nous explique : « Le mot d’ordre des jeunes gens qui ont mené la Révolution était : Liberté, Égalité, Fraternité. Parmi eux, il y avait beaucoup de jeunes filles. La plupart d’entre eux clamaient leur volonté de mettre en place un pouvoir garantissant la participation des citoyens des deux sexes à la gestion des affaires publiques.  Mais ce mouvement de révolte spontanée a été rapidement récupéré par les éléments les mieux organisés des opposants au pouvoir en place, en l’occurrence, les Islamistes.- Ce qui  a grandement favorisé le retour immédiat en Tunisie des Islamistes en exil ! -  Or, dans le projet des  Islamistes, les femmes doivent être des sujets de second ordre !  Première conséquence : alors qu’il fallait concentrer l’énergie de toutes les bonnes volonté sur le traitement urgent du chômage, ils se sont souciés, avant toute autre chose, d’autoriser le port du foulard sur les photos d’identité, ce qui était formellement interdit auparavant . Et, actuellement, dans une université de Tunis, quelques jeunes filles supportées par des Salafistes veulent passer des examens voilées, ce à quoi s’était opposé le Conseil de Direction de la faculté ». Une situation qui a profondément inquiété et indigné l’ancienne étudiante en Médecine de la Faculté de Tunis qu’est Saïda Douki Dedieu.

Comment a évolué cette situation dans les facultés, depuis octobre 2012 ? Il semble que les actions menées par des « Islamistes » sur certains campus aient été désavouées par la partie éclairée de l’opinion, laquelle a obtenu le soutien du législateur… Du moins l’événement ne fait plus la une des médias français.

Liberté, égalité, fraternité et… femmes voilées !

« On a fait l’éloge,  bien entendu, des mariages coutumiers, allant même jusqu’à parler de rétablir la polygamie ! nous a appris Saïda Douki Dedieu.   Quand il s’agit d’une pratique qui vient de l’Iran chiite, alors que la Tunisie est adepte d’un  islamisme sunnite… Je suis convaincue qu’aujourd’hui, aucun des tenants d’un Islamisme rigoriste ne sait qu’il s’agit, là, d’une mesure prise afin d’autoriser la jouissance d’une femme aux caravaniers partis loin de leurs foyers durant des mois ! Ainsi un Musulman pouvait-il contracter un mariage pour une durée limitée, véritable contrat de location d’une femme. D’ailleurs, cette mesure perdure encore en Iran. Les relations hors mariage étant strictement interdites, on a trouvé cette solution qui permettait de se marier le soir et de divorcer le matin… Certes, reconnaître qu’on a besoin d’un complément, c’est admettre un manque. Mais en ce domaine, on ne devrait pas pouvoir confondre ce qui peut être dit sur le divan d’un psychanalyste avec ce qu’il revient au législateur de réguler ! »

La Professeure Saïda Douki Dedieu sait être précise dans ses arguments, percutante dans ses exemples et sans concession dans ses jugements. Une avocate de poids de la cause des femmes :   après nous avoir rappelé que « La Tunisie a été le premier pays musulman à accorder le droit de vote aux femmes et qu’elle est encore le seul pays musulman dont la législation reconnait aux femmes des droits égaux à ceux des hommes », elle nous a fait percevoir la régression actuellement en cours, à partir de l’histoire de « deux photographies ».  « Sur la première, Bourguiba, qui avait dévoilé les femmes, remet un diplôme à une jeune femme non voilée ; sur la seconde, très récente, le Président remet un diplôme à une jeune femme, voilée », nous a-t-elle raconté.

Dans son livre, à propos de cette image récente parue dans la presse, elle ajoute : « Quand j’ai vu cette photographie, j’ai pleuré. ». Et l’on réalise d’un coup, la gravité de la situation et la violence de la révolte douloureuse de cette femme médecin. 

La conspiration du silence autour de la violence domestique

Avant la Révolution du jasmin, les mentalités étaient toujours prisonnières de la coutume. Mais la Loi avait, avec Bourgiba, ouvert les portes de cette prison culturelle, laissant circuler l’espoir d’un avenir d’égalité entre les hommes et les femmes de ce pays. Certes, les portes n’étaient pas grandes  ouvertes. Du moins  restaient-elles entrebâillées. Mais au lendemain de la Révolution du jasmin, les tenants de la tradition s’y engouffrent sans retenue ! 

Ainsi, expose Saïda Douki Dedieu dans son livre, en 1993, la loi avait été amendée afin d’aggraver les sanctions contre un mari coupable de violence conjugale (jusqu’à cinq années d’emprisonnement prévues par le nouveau texte). Mais le législateur avait laissé à la victime la possibilité de retirer sa plainte empêchant alors le parquet d’entreprendre ou de continuer les poursuites. Et, relève-t-elle, « Les autorités policières et judiciaires continuent à disqualifier les crimes de violences domestiques en ‘disputes familiales’, ‘altercations privées’. Les victimes qui s’obstinent à faire enregistrer leurs plaintes sont encore souvent invitées, voire forcées, par la police à se réconcilier avec leurs agresseurs. Mais ce qui est plus grave, à mes yeux, souligne-t-elle, c’est que les professionnels de santé sont également complices de cette conspiration. L’absence de dépistage des abus par les médecins est simplement alarmante. Les plaintes des femmes auprès d’eux sont encore niées, minimisées, banalisées, interprétées comme délirantes ou simplement ignorées. Les femmes battues sont souvent étiquetées comme ‘masochistes’ ou ‘hystériques’ ». Elle ajoute : « Cela n’est guère étonnant puisque 40% des médecins pensent que la violence conjugale n’est pas un problème de santé publique. Et que 24% de la population adulte, femmes et hommes confondus, trouvent qu’elle peut être justifiée. Et surtout qu’elle est permise par la loi divine. »… Ailleurs, elle rappelle ce vieil adage attribué aux Arabes : « Bats ta femme tous les matins ; si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait » ! 

D’ailleurs « de nombreuses cultures tolèrent un certain volume de violence domestique », relève Saïda Douki Dedieu dans son approche de ce problème. « Alors que ce sujet est largement débattu dans les pays occidentaux et que des politiques adéquates sont mises en place pour le traiter, dans les pays arabo-islamiques, la violence domestique n’est pas encore considérée comme un sujet de préoccupation en dépit de sa fréquence grandissante et de la gravité de ses conséquences », précise-t-elle. Elle illustre son propos d’une déclaration en l’an 2000 de la Ministre tunisienne de la Femme et de la Famille : « L’étude de la violence au sein de la famille et de la société s’inscrit dans le cadre d’une approche préventive, sachant que la violence dans la famille ne constitue nullement un phénomène préoccupant au sein de la société tunisienne »  (La Presse de Tunisie, 17 novembre 2000). Du reste, il y a peu d’études consacrées à ce sujet dans ces sociétés en raison du tabou attaché à celui-ci, souligne-t-elle encore. Mais la violence domestique est là, connue de tous et tue par tous.

Alors que le Prophète a clairement désapprouvé la maltraitance des femmes, affirmation que Saïda Douki Dedieu étaye de citations dont elle fournit les références :   « Les croyants les plus parfaits sont ceux qui se comportent le mieux. Et les meilleurs d’entre vous, sont ceux qui se comportent le mieux avec leurs femmes.’ ‘C’est l’homme généreux qui est bon avec les femmes et c’est le pervers qui les blesse’. Elle écrit : « Nombres de pratiques et lois dans les sociétés ‘islamiques’ sont fondées sur des coutumes culturelles ou traditionnelles. Il est impossible, pour quiconque est bien informé, de justifier tout mauvais traitement d’une femme par un décret divin ». Et encore : « Le livre saint a sévèrement condamné les pratiques antéislamiques de mauvais traitements infligés aux femmes (XVI :58/59 et LXXXI : 8/9) et protégé leurs droits dans une de ses plus longues sourates, la quatrième, précisément intitulée ‘Les femmes’ »

Une régression rampante des droits des femmes

Saïda Douki Dedieu sait combien la religion des tyrans est toujours loin des textes originels - qu’elle a étudiés - et ne sert qu’à conforter l’opinion dans ses habitudes, qu’à maintenir le peuple en sommeil. C’est avec ironie et une pointe d’amertume que, lors de sa venue au Café de Flore, elle a cité ce que pointait déjà la Boétie en son temps: « Les tyrans se couvrent volontiers du manteau de la religion…pour donner plus d’autorité à leurs mauvaises actions. »

Quand une des trois religions monothéistes est utilisée comme outil politique, les tyrans domestiques, à l’image de leurs dirigeants, y trouvent certainement de solides alibis. Mais la maltraitance des épouses et des petites filles s’observent sous tous les cieux, quels que soient les  régimes politiques en vigueur. Ce que n’ignore pas Saïda Douki Dedieu, comme en témoignent les chiffres et les exemples qu’elle donne dans son livre, se référant, notamment, à l’ouvrage de Nicholas Kristof et Sheryl Wu Dunn, « La Moitié du ciel ».

D’ailleurs, tant de passages de cet ouvrage m’ont paru importants, et ce, dès l’anecdote qui ouvre le prologue,  que je ne peux qu’en conseiller vivement la lecture à toutes les adhérentes de Femmes 3000 ! Elles pourront entrer en résonnance  avec la complexité de la situation socioculturelle de ce pays et comprendre pourquoi les Tunisiennes restent victimes de l’emprise de la tradition sur la majorité de la gent masculine mais aussi sur un grand nombre d’entre elles !

Elles recevront autrement les informations et les réflexions de l’auteure, ce constat, notamment : depuis une dizaine d’années, on assiste à « une régression rampante des droits de la femme au sein des Nations Unies ».  Selon cette observatrice « Plusieurs signes en témoignent, comme l’élection de l’Arabie Saoudite (porte-drapeau de l’émancipation des femmes, comme chacun sait) parmi les quarante-sept membres du bureau d’ONU Femmes, l’abdication des pays occidentaux face aux offensives religieuses et aux atteintes à la laïcité, ou le rôle de plus en plus prégnant de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), seul groupe d’influence onusien à caractère religieux assumé ». On retiendra encore cette information : « Malka Marcovich signale également le renforcement de l’influence orthodoxe en Russie et en Ukraine et le poids croissant des Eglises en Amérique du Sud. »  Enfin, elle avertit que « la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, dite ‘Convention CEDAW’, sorte de ‘déclaration universelle des droits des femmes’ est aussi celle qui rencontre de la part des États le plus de réserves destinées à en limiter l’application. » Et, en Inde, « pourtant la plus grande démocratie du monde », note-t-elle, « c’est toujours au nom du respect des traditions et de la religion que les partis nationalistes hindous mènent une ‘guerre’ contre les femmes depuis plusieurs années », obligeant les femmes à « recommencer à se battre pour des choses qu’elles pensaient pratiquement acquises ». 

Femmes, religion patriarcale et dépression

Dans les luttes pour la reconnaissance des droits de l’homme, « les  femmes doivent lutter deux fois plus que les hommes et d’abord contre les hommes. » nous a-t-elle rappelé de vive voix, reprenant une formule qu’aurait pu soutenir Simone de Beauvoir. « Et contre les femmes elles-mêmes », aurait-elle pu ajouter. Je me demande d’ailleurs si  les femmes ne devraient pas lutter d’abord contre bon nombre d’entre elles dont le conformisme aux règles établies est devenu une seconde nature … Car,  « si les femmes se font souvent les grandes prêtresses de la religion patriarcale, de la domination des hommes, c’est qu’en leur qualité de mères, elles ont tant à gagner et si peu à perdre », fait remarquer  cette observatrice attentive qui, de par son approche de soignante, sait aussi combien est lourd le prix à payer pour pouvoir tirer bénéfice du fait d’accéder au statut de mère d’un fils.

Ses consultations de médecin-psychiatre en Tunisie ont effectivement permis au Pr Saïda Douki Dedieu de vérifier combien le statut social des femmes exposait celles-ci au risque dépressif. On a longtemps associé ce risque à la vie hormonale de la femme, la majorité des cas de dépressions se déclarant durant la phase d’activité reproductive de celle-ci. Ce que ce médecin psychiatre illustre en ces termes : « Environ 73 millions de femmes adultes à travers le monde souffrent d’un épisode dépressif majeur (EDM), c’est-à-dire caractérisé, chaque année […] Et la dépression maternelle peut affecter sévèrement les interactions entre la mère et le nourrisson et perturber le développement psychoaffectif  de celui-ci, […] Quand elle survient plus tard dans la vie de l’enfant, la dépression de la mère  peut mettre celui-ci dans la situation particulièrement douloureuse de soignant. »  Un avertissement qu’elle a résumé en cette formule lapidaire : « Mères déprimées, enfants en danger », titre d’un sous-chapitre de son étude.

Cet argument biologique s’appuyait sur le constat que le risque dépressif variait en fonction de l’âge entre les hommes et les femmes, avec absence de différence pendant l’enfance, écart maximal chez les adultes et écart peu marqué chez les personnes âgées. Mais l’étude des variations du sexe ratio selon les pays est venue  nuancer cette donnée en mettant en évidence le rôle  de l’environnement dans l’enclenchement  de la maladie sur des terrains prédisposés. Ce qui conforte ce constat de Saïda Douki Dedieu : « La santé mentale des femmes est  indéniablement dépendante de leur statut social ». Elle relève que, selon l’OMS, « toutes pathologies confondues, la dépression est le plus grand handicap de santé des femmes », cet organisme considérant que « le rôle traditionnellement dévolu aux femmes dans les sociétés les expose davantage au stress et ne leur permet guère de changer leurs conditions d’existence »  Elle cite dans la foulée ce passage des observations de l’OMS : « La différence entre les rôles sociaux des hommes et des femmes pourrait également expliquer en partie les comportements suicidaires. Dans certaines cultures, les inégalités sociales et l’appartenance à des unités sociales fortement structurées, en particulier des familles patriarcales, sont des facteurs de risque du comportement suicidaire féminin».

Se référant à deux études épidémiologiques sur la fréquence des cas de dépression et de schizophrénie menées l’une en Tunisie, « pays plus moderne » l’autre dans les Émirats arabes unis (EAU), « plus traditionnel »,  Saïda Douki Dedieu nous apprend qu’il n’a été constaté aucune différence de fréquence concernant la schizophrénie, maladie à déterminisme principalement biologique, mais une fréquence nettement plus importante de la dépression chez les femmes en EAU « avec  un sexe ratio de six femmes pour un homme », contre « une prévalence de la dépression majeure en Tunisie, de 9% chez les femmes versus 7,4% chez les hommes, avec une légère différence entre les genres de 1,2 ». Et, par-delà les limites méthodologiques imposées du fait d’échantillons de population non strictement superposables,  la Tunisienne médecin psychiatre de  se demander si, en dépit d’une application  nettement insuffisante de la législation instaurée par Bourguiba, « le statut relativement privilégié des Tunisiennes n’exerce pas un effet protecteur contre la dépression »…

Vrai problème de santé publique, le suicide des femmes

La dépression peut mener au suicide. Selon des données épidémiologiques solidement établies, on a longtemps considéré que « le risque de passage à l’acte fatal était nettement moins élevé chez la femme, les sujets jeunes et dans les populations de confession musulmane ; les tentatives de suicide, quatre fois plus nombreuses chez la femme et vingt fois plus nombreuses que les suicides » nous apprend son livre.  Mais la situation a changé et, aujourd’hui, souligne-t-elle, « L’OMS estime que les comportements suicidaires représentent un problème de santé publique majeur pour les filles et les femmes à travers le monde. Le suicide représente la septième cause de mortalité chez les femmes de 20 à 59 ans à l’échelle planétaire et la cinquième au sein du groupe des 25-44 ans, devant les accidents de la route ! Les études commencent à indiquer une montée de fréquence des conduites suicidaires létales parmi les jeunes femmes des pays islamiques tels que l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Pakistan et la Turquie. Un phénomène que nous avions déjà observé en Tunisie, dès les années 1990. »

Abordant ce problème avec nous, le Pr  Saïda Douki Dedieu  nous expose les conclusions d’une étude parue dans une publication récente (Razaïen, 2010), nous expliquant que  l’auteur  impute cette augmentation des conduites suicidaires féminines dans les pays musulmans à la conjugaison de quatre facteurs, « les quatre ‘M’, pour Méthode (de suicide), Mental (trouble), Mariage (forcé) et Masculine (domination masculine) » et voit « dans ces conduites  accomplies par des femmes jeunes, mariées, analphabètes et pauvres […]la souffrance de ces femmes dans les sociétés patriarcales, conservatrices »

Où l’on opprime la femme, le progrès social recule.

Ces drames démontrent  par la négative combien leur contraire, c’est-à-dire l’égalité entre les hommes et les femmes est un enjeu de développement pour toute société. Il s’agit, là, pour le Professeur Saïda Douki Dedieu, d’une évidence. « Quand les Musulmans se sont rendu compte que l’Occident les avait dépassés, l’un d’entre eux, un Turc, a émis l’hypothèse que la cause de cet état de fait n’était autre que la manière dont les Musulmans traitaient les femmes et dont se ressentait l’éducation des enfants »,  a-t-elle relevé, avec, toujours, une pointe d’ironie teintée d’amertume, devant notre auditoire, fort attentif. Dans son livre, elle évoque aussi Bourguiba : « le Président Bourguiba avait une expression très heureuse pour défendre l’émancipation des femmes, en comparant une société dont les femmes sont exclues à un corps frappé d’hémiplégie. […] « Il expliquait qu’en émancipant la femme, il entendait faire évoluer ‘l’ensemble de la société car du progrès de la femme dépend celui de l’homme et du progrès de l’homme, celui des structures sociales’ ».

Ce qui l’amène à énoncer : « C’est pourquoi l’égalité entre les genres figure parmi les huit objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) fixés par l’ONU, au même titre que l’éradication de l’analphabétisme, de la faim, de la pauvreté et des maladies épidémiques. C’est pourquoi la Banque Mondiale affirme que ‘If development is not engendered i twill be endangered’. Et c’est pourquoi, dans son opus sur ‘La prochaine guerre [économique] en Tunisie : la victoire en cinq batailles’, Cyril Grislain Karray, consultant international pour les questions de développement, préconise de ‘placer les femmes en première ligne’ ! »

 « La dévalorisation des femmes aboutit à la dévalorisation des hommes, a-t-elle déploré en notre compagnie ! De plus,  dans les sociétés traditionnelles, on n’inculque pas aux garçons l’habitude de l’effort. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant qu’un organisme de microcrédit ne prête qu’aux femmes, certain qu’ainsi l’argent sera bien utilisé!  Et, elle a insisté, citant un proverbe chinois, ‘Éduquer un homme, c’est éduquer un homme ; éduquer une femme, c’est éduquer une famille’ » 

« En plus d’être une école d’inégalité, la famille patriarcale est une école de soumission. Dans ces conditions, si, dans la famille, le pouvoir n’est pas partagé, pourquoi le serait-il à l’extérieur ? Dans les pays où la politique opprime les femmes, la dictature n’est jamais loin… » Nous a-t- elle dit.

Sous le patriarcat, la matriarche prospère

Le Pr Saïda Douki Dedieu consacre des pages denses à un autre aspect négatif de la famille patriarcale et, peut-être, le plus grave, parce que la cause d’une cascade de conséquences tragiques : « Paradoxalement,  dans le système dit patriarcal, les pères n’ont guère de place auprès des enfants, du moins jusqu’à un âge avancé », énonce-t-elle.  Par exemple, en règle générale, dans les pays latins d’Occident, note-t-elle « le père n’est pas destiné à s’occuper du petit, que ce soit le sien ou celui des autres (il y a peu de puériculteurs).[…] Il existe un consensus général quant à la supériorité du rôle de la mère auprès de l’enfant en vertu d’un instinct maternel inscrit dans les gènes ». Du reste, les ‘nouveaux pères’, désireux  de s’associer au maternage de leur progéniture « ont commencé par être moqués et rebaptisés ‘papas poules’ , ce qui en dit long sur le mépris dans lequel on les tenait », souligne notre auteure avant d’en revenir précisément au cœur de son sujet : « A fortiori, dans les sociétés arabo-musulmane qui vouent un culte à la virilité, un homme ne saurait sans déchoir aux yeux de tous se consacrer à une tâche aussi spécifiquement féminine[…]Fortes de cette légitimité incontestée, les mères tiennent consciencieusement à l’écart le père qui risquerait de s’immiscer dans leur relation au fils.[…] C’est la puberté qui marque, pour le garçon, la rencontre définitive avec le père, avec son NON, son NOM et la loi qu’il représente. Mais même en s’offrant alors comme pôle identificatoire, il ne saurait prendre la place de la mère : ‘Celui à qui j’ai ôté son père, je ne lui ai rien fait, dit un dicton kabyle, celui à qui j’ai ôté sa mère, je ne lui ai rien laissé’. »

En bref, dans ce type de société, l’homme détient tous les pouvoirs, sauf un, celui dont dispose la femme sur son fils. Un pouvoir fusionnel que nombre de femmes se refusent à perdre et elles sont prêtes, pour cela, à empêcher leurs filles d’échapper au destin que leur a imposé la tradition, ne laissant espérer à celles-ci, au mieux, que de devenir  à leur tour la mère possessive d’un fils… « De fait, a-t-elle écrit, dans l’univers du rigorisme musulman, le fils semble appelé à passer de la toute puissance de maternelle à la toute puissance divine entre lesquelles il va osciller, toute sa vie durant. […]Tahar Ben Jelloun fait ainsi dire à son héros dans ‘Moha le fou, Moha le sage’ : ‘Je dépose ma fortune et mon destin entre les mains de Dieu et de ma mère’. Or, au « royaume des mères, la race des Jocaste n’est pas éteinte », relève Saïda Douki Dedieu en paraphrasant Christiane Olivier.

« Quand je me suis demandée pourquoi les hommes nous détestaient autant, ou, plus précisément avaient si peur de nous, nous a-t-elle expliqué, j’ai réalisé que cette petite enfance trop exclusivement soumise à la mère creusait le sillon du rejet des autres femmes, donc de l’épouse ! En Afghanistan, la violence des Talibans se déchaîne à chaque mesure prise contre le voile, montrant par là qu’ils ont davantage peur des femmes que des soldats ennemis ! »

Redéfinir la place du père dans la petite enfance du fils

En fait, quand ce modèle familial se fait l’expression pleine et entière d’une tradition rigoriste, chacun y est, à des degrés divers, à la fois le geôlier et le prisonnier d’un autre. Pour échapper à une telle atmosphère vénéneuse, il faut au centre du foyer une mère ouverte, généreuse et, surtout, amoureuse de la vie... Il en existe d’ailleurs. Heureux les enfants qui grandissent dans ces îlots de bonheur familial ! Il semble que cela ait été le cas de Saïda Douki Dedieu.

Pour que ces exceptions se banalisent, pour que la société tunisienne évolue, que le décalage entre les Lois émancipatrices et le mode de vie parvienne peu à peu à s’effacer, « Il faut ramener les pères à la maison pour que, dans les premières années de la vie, les enfants ne soient pas laissés sous la seule autorité de la mère. Il faut établir un rapport d’égalité entre le père et la mère au sein du foyer comme dans l’espace public » estime Saïda Douki Dedieu, laquelle   se montre affligée par ce rapport du CAWTAR (Center of Arab Woman for Training and Research) publié en 2003 et selon lequel « la majorité des adolescentes et adolescents se déclarent insatisfaits de la condition de la femme dans les sociétés arabes, et reconnaissent qu’elle est injustement privée de ses droits, mais cela n’entraîne pas nécessairement le désir de changer cette situation ( surtout chez les adolescents) ni l’acceptation de l’idée d’égalité des droits entre l’homme et la femme ( cette attitude est courante tant chez les adolescentes que chez les adolescents !) » L’acceptation de l’égalité des genres n’est pas pour bientôt…

Partout, une situation inquiétante, sinon désespérante

Et, quand nous lui avons demandé s’il existait quand même quelque raison de ne pas désespérer de la Révolution du jasmin, le Pr Saïda Douki Dedieu  nous a répondu, sans hésiter:

« Je n’ai pas envie de vous laisser sur une note d’espoir, ce soir. J’ai davantage envie de vous intimer à rester vigilantes. Parce que, même en Occident, on peut repérer des menaces insidieuses vis-à-vis de l’égalité des genres. Ainsi de ce courant prétendument scientifique en faveur de la non-mixité à l’école sous prétexte que les filles, qui réussissent mieux que les garçons, inhiberaient, en fait, ceux-ci. Ou bien  de ce mouvement naturaliste nord-américain qui privilégie la femme-mère au foyer, remettant la maternité au cœur du destin féminin… Et, n’est-ce pas Laurent Fabius qui déclarait au moment de la candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle : « Qui va garder les enfants à la maison ? » !  Il s’agissait, là, d’humour, sans doute, mais… Cela ne me paraît pas moins déplacé que cette publicité ancienne sur nos écrans de télévision : ‘ Femmes vous pouvez enfin choisir vos chaînes’ » !

Wahabisme et islamisation rampante

Alors, une auditrice a fait remarquer qu’on peut voir, aujourd’hui, une publicité télévisée vantant une voiture en ces termes : « Véhicule conçu pour les hommes qui n’ont pas peur de se conduire en père ! », ce qui témoigne quand même d’une évolution des mentalités dans notre pays !

Saïda Douki Dedieu n’en est pas convaincue.  « Le changement des mentalités est très lent, a-t-elle redit. Et les vagues émancipatrices des femmes continuent à venir s’échouer sur le pouvoir tout puissant des hommes ».

« J’ai été élevée dans une famille très pratiquante, a-t-elle poursuivi. Ce qui me permet d’affirmer  que le problème ne se situe pas, dans les pays musulmans, au plan de la pratique de la religion mais au plan de la lecture de la religion. D’ailleurs, la Turquie puis, la Tunisie, chacune en leur temps, ont promulgué des législations émancipatrices, sans rompre avec leur islamité. Le danger vient, aujourd’hui,  du Wahabisme, la plus rigoriste des pratiques de la religion musulmane. Mais les pays wahabites sont immensément riches et ont les moyens d’exporter leur conception de l’Islam.

Ainsi s’installent en Tunisie des prédicateurs wahabites. Sous prétexte que le Prophète a épousé sa dernière femme alors que celle-ci n’avait que 9 ans, ils autorisent de tels mariages comme il s’en pratique du reste en Iran, légitimant de la sorte la pédophilie ! Prenez garde ! Il existe  une internationale intégriste financée par le Wahabisme qui vise à reconquérir l’Occident ! ».

Cet avertissement,  elle le développe dans son livre en ces termes : « Les promoteurs de l’islamisation rampante ont des raisons d’être optimistes quant à l’issue du processus car les démocraties ont la faiblesse de prêter le flanc au ‘respect des minorités culturelles’ et de manquer singulièrement de vigilance quant aux atteintes à leurs valeurs fondamentales ». Et ce, bien qu’on sache que les opinions et les pratiques extrêmes s’expriment surtout au sein de minorités dites culturelles…

De vive voix, après avoir déploré que la France accueille si volontiers l’argent – et les prédicateurs que cet argent véhicule– des pays Wahabites,  Saïda Douki Dedieu a tenu à nous redire : « Je ne mène pas de combat contre l’Islam mais contre le Wahabisme. Et j’en appelle à votre vigilance ! »

 « Est-ce que vous pouvez vous faire entendre des Tunisiennes actuellement, du moins de celles qui ont soutenu la Révolution du jasmin? » Lui avons-nous demandé.

« Oui, a-t- elle affirmé. Il y a beaucoup d’associations féminines en Tunisie. Leur nombre a décuplé  depuis la Révolution du jasmin. Quand le Gouvernement a paru vouloir porter atteinte à l’article 28 de la Constitution, la réaction a été telle qu’il a dû reculer. Oui, ma voix y est entendue. Je m’y rends à l’occasion de conférences en tant que psychiatre mais aussi en tant que militante. »

Elle nous a appris, dans la foulée, qu’en Tunisie, en réaction au courant intégriste s’est constitué un groupe de femmes proposant une lecture du Coran, objective, non déformée, non détournée dans le seul but de justifier des coutumes archaïques.

Et nous savons qu’il y a, en Tunisie, quelques jeunes filles assez révoltées et téméraires pour se déclarer militantes du mouvement Femen ! Une manifestation de rejet du dévoiement quotidien de la législation émancipatrice tunisienne. Un comportement de combattante est sans nul doute préférable à celui de kamikaze lequel implique un retournement contre elle-même de la violence faite à la femme ! Excessive dans ses actions et manifestations, comme toute attitude révolutionnaire donc radicale, l’irruption du mouvement Femen dans le paysage tunisien est quand même la preuve de l’émergence d’une nouvelle Tunisienne qui refuse la résignation.

Une auditrice a relevé que les médias ne nous informent que des actions violentes, voire criminelles des « Islamistes » de tous bords et qu’il en résulte, dans l’opinion de notre pays, un amalgame entre ces courants minoritaires mais dangereux et la société musulmane de France tout entière, qu’il faudrait parvenir à instaurer  un dialogue à l’intérieur de la majorité silencieuse pour définir les limites tolérables à l’expression des différences en démocratie dans le respect de la règle commune aux trois monothéismes à savoir : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Belle utopie ! Le Pr Saïda Douki Dedieu préférerait miser sur une possible  solidarité entre les femmes par-delà leurs différences culturelles. Line Pierné, notre Présidente a applaudi à cette autre utopie qu’elle défend à travers Femmes 3000 !

« La Tunisie est une femme », dit un proverbe…

« L’Algérie, avec ses 33 millions d’habitants, est aussi le deuxième pays d’Afrique par la taille. Le Gouvernement de ce grand pays a eu si peur d’une contamination par la Révolution du jasmin qu’il a littéralement arrosé d’argent l’ensemble du territoire ! » a-t-elle répondu. Mais le code des femmes n’a pas changé. Il y est toujours indiqué que la femme doit respecter la mère de son mari…

Et, dans son livre, elle a écrit : « La question de l’émancipation de la femme, qui avait opposé, durant la lutte pour l’indépendance, conservateurs et modernistes, voit s’affronter aujourd’hui les bons musulmans et les mécréants, les garants de l’indépendance nationale et les séides de l’Occident. La religion au secours de la tradition ![…] La confrontation sanglante qui a opposé dans les années 1980, en Algérie, le Front de libération nationale (FLN) au Front islamique du salut(FIS) avait inspiré ce commentaire savoureux aux Algériens : ‘C’est le combat entre Femmes libres la nuit (FLN) et Femmes interdites de sortie (FIS)’, montrant du même coup que la femme occupe toujours le cœur du débat de société dans la monde islamique ».

Elle nous a rapporté aussi que durant son séjour à Alger, on lui avait confié : « Tu ne peux savoir à quel point nous  vous observons ! Nous voyons en vous un laboratoire ! En dépit des erreurs du moment, tâchez de parvenir à nous mener à un avenir meilleur ! » Et elle a ajouté : « Selon un proverbe, le Maroc est un lion, l’Algérie, un homme et la Tunisie, une femme »…

Aux adhérentes de Femmes 3000 d’interpréter ce proverbe !

Monique RAIKOVIC



[1] Les Femmes et la Discrimination – Dépression, Religion, Société. Paru en 2011 aux éditions Odile Jacob ; 250 pages, 21,90€

 

Les commentaires sont fermés.